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Cet article interroge le phénomène de la « cancel culture », qui fait l’objet d’une attention médiatique intense depuis plusieurs années. Jamais clairement définie, l’expression renvoie à des pratiques, actions et mouvements très hétéroclites, qui n’ont souvent d’autres liens entre elleux que le malaise diffus qu’iels inspirent à une vaste frange de la société. Un examen attentif de cette notion, de son origine et de ses (més)usages fait apparaître une construction rhétorique qui relève davantage du slogan politique que d’une quelconque réalité sociétale. Le débat sur la « cancel culture » illustre tout à la fois la polarisation politique croissante en Occident, la remise en cause de valeurs et de structures sociales séculaires, ainsi que la forte opposition réactionnaire qui en découle.

Tout droit importée des États-Unis, la controverse sur la « cancel culture »1 n’a cessé d’enfler et de se propager ces dernières années, au point qu’en 2020 l’expression figurait parmi les principaux « mots de l’année » sélectionnés par le dictionnaire britannique Oxford – disputant ainsi le titre au « Covid-19 » et aux mouvements « Black Lives Matter » et « QAnon »2. Classement subjectif, certes, mais néanmoins révélateur des principales préoccupations sociétales du moment. 

Il faut dire que les polémiques s’enchaînent avec constance : en juillet 2020, la tribune sur « la justice et la liberté de débattre », signée par 153 personnalités et parue dans le Harper’s Magazine, suscita un écho important et fut traduite en plusieurs langues3. En janvier dernier, des professeur.e.s américain.e.s provoquèrent un scandale après avoir lancé le mouvement #DisruptTexts, visant à traquer dans les œuvres classiques ce qui risquerait de « heurter la sensibilité des jeunes lecteur[ice]s »4. Puis, lorsque quelques semaines plus tard un éditeur néerlandais renonça à choisir une auteure blanche pour traduire le poème d’Amanda Gorman, déclamé lors de l’investiture de Joe Biden, de nombreuses voix s’élevèrent à nouveau pour dénoncer le supposé dictat de la cancel culture. Plus récemment, ce fut au tour de Barack Obama de critiquer avec force la « wokeness »5 et la cancel culture tandis que, au même moment, le petit monde de l’ornithologie américaine se trouvait bouleversé par une campagne de décolonisation des noms d’oiseaux. Et ce n’est là qu’une poignée d’exemples de ces micro-polémiques devenues quasi-quotidiennes, en particulier outre-Atlantique : déboulonnage de statues, changement de noms de rues et d’écoles, humiliations publiques de personnalités, etc. La France, moins affectée, n’est pas pour autant épargnée. En témoigne le scandale provoqué par l’annulation, en mars 2019, des Suppliantes d’Eschyle sous la pression de militant.e.s antiracistes, ou celui qui suivit, en août 2020, la nouvelle édition du roman Dix petits nègres d’Agatha Christie, renommé Ils étaient dix

Multiplier les exemples suffit-il pour autant à conclure en l’avènement d’une nouvelle forme de « censure euphémisée »6 ? En l’émergence d’un « maccarthysme de gauche »7 ? Il y a de quoi être sceptique. D’abord parce que les exemples en question ne sont pas si nombreux. L’importance symbolique qui leur est accordée dépasse de loin leur ampleur statistique, et les mêmes sont souvent repris et montés en épingle par des médias de ligne très droitière. Qui plus est, l’expression cancel culture est utilisée de manière particulièrement extensive : invoquée pour dénoncer des faits de natures très différentes, elle sert facilement d’épouvantail pour rejeter toute forme d’évolution et de lutte progressiste. Bien sûr, cela ne signifie pas que les critiques qui s’élèvent à son encontre, à droite comme à gauche, soient nécessairement infondées. Mais dans un contexte de forte polarisation politique, la palette de nuances diminue drastiquement : soit on est pour (mais qui la défend ?), soit on est contre. Tâchons donc d’y voir un peu plus clair.

Aux sources de la « cancel culture » : tradition américaine ou invention médiatique ? 

Dans son acception la plus courante, l’expression cancel culture se réfère à une pratique militante de dénonciation de masse et de boycott d’une personnalité publique. Elle serait née sur les réseaux sociaux et les campus américains, dans le but de porter atteinte à la réputation, à l’image, ainsi qu’à la vie privée et professionnelle de la personne visée. Le mouvement #MeToo et ses variantes (tels, en France, #BalanceTonPorc, #balancetonagresseur ou #agresseurluiaussi) en furent, par exemple, l’une des traductions les plus éclatantes. L’expression est également employée pour dénoncer plus largement toute forme de censure populaire – réelle ou perçue comme telle – à l’encontre d’une marque, d’une œuvre ou d’une pratique jugée offensante par ses détracteur.rice.s. Mais avant de porter un jugement sur ce phénomène, il convient d’essayer d’en saisir l’origine. 

Une culture de la dénonciation publique ? 

Pour certain.e.s, la cancel culture serait issue d’un héritage culturel et religieux spécifiquement américain, qui encouragerait la dénonciation. Une hypothèse que défend par exemple Fabien Jobard, chercheur au CNRS, dans les pages du Figaro8. Et il est vrai que la dénonciation citoyenne apparaît comme une vertu aux États-Unis ; en témoigne le système de récompense auquel l’État et les particuliers ont recours pour encourager les citoyen.ne.s à dénoncer les crimes et à rapporter toute information utile. Pratique ancienne – d’ailleurs popularisée par les fameux panneaux « Wanted » dans les Western – qui remonterait aux origines puritaines de la nation américaine. Dans le même article, Jean-Éric Branaa, spécialiste des États-Unis et maître de conférence à l’Université Panthéon-Assas, rappelle en effet comment les premier.ère.s puritain.e.s firent de la dénonciation une vertu, créant des assemblées, des « caucus », durant lesquelles les citoyen.ne.s devaient dénoncer tout comportement jugé déviant, à commencer par les adultères. Cette tradition politique et religieuse aurait inspiré par la suite certains épisodes de l’histoire américaine, tels que « le procès des sorcières de Salem » en 1692, ou le maccarthysme du début des années 1950. 

Cette culture de la dénonciation citoyenne, parfaitement autorisée et acceptée par l’opinion publique, perdurerait sous diverses formes aux États-Unis, en particulier concernant la pédocriminalité. Comme le rapporte Jean-Éric Branaa : « Quand une personne condamnée pour pédophilie s’installe dans un quartier, il arrive que ses voisins placardent des affiches dans les rues avec son nom et les faits pour lesquels il a été condamné. Ça n’est pas du tout considéré comme du harcèlement. La personne est obligée de déménager jusqu’au jour où de nouveaux voisins découvrent à leur tour son passé, et ainsi de suite »9. Ici, en France, où le souvenir de Vichy a laissé un goût amer, cette conception toute étasunienne de la responsabilité civique n’a pas d’équivalent. En Amérique pourtant, on intériorise cette mentalité dès la maternelle, « on encourage les enfants à rapporter aux parents ou aux autorités s’ils observent quelque chose de bizarre, cela fait partie de l’éducation » explique le sociologue Robert Sampson, chercheur à Harvard10

Toutefois, cette tradition politique et religieuse ne saurait vraiment nous éclairer sur les origines de la cancel culture. D’autant plus que les valeurs puritaines, héritage de la pensée et du mode de vie WASP11, sont avant tout entretenues par une certaine frange de la droite républicaine et conservatrice12. Elles ne peuvent donc pas expliquer de manière satisfaisante l’origine de pratiques militantes réputées provenir de la gauche radicale. Une seconde explication, plus convaincante, serait à rechercher dans le droit américain et le rapport à la liberté d’expression. 

La conséquence d’une (trop) grande liberté d’expression ?

Ainsi, pour la sociologue Nathalie Heinich, chercheuse au CNRS, « l’ancrage [de la cancel culture] dans la société nord-américaine n’est pas l’effet de la prégnance dans leurs pays des maux contre lesquels luttent – souvent à juste titre – ces militants ; il est avant tout le produit d’un système juridique spécifique : le premier amendement de la Constitution américaine [qui] fait de la liberté d’expression un droit fondamentalement positif »13. Car si, en France, la liberté d’expression est limitée par la loi – qui interdit, par exemple, l’incitation à la haine raciale, l’appel au meurtre, l’encouragement à la discrimination en raison du sexe ou de l’orientation sexuelle, ou encore le négationnisme – il en va autrement aux États-Unis, où il est à peu près impossible d’incriminer une personne pour ses propos ou ses positions, fussent-ils outrageux.ses. Les mobilisations massives en vue de « cancel » tel.le ou tel.le artiste, professeur.e ou personnalité politique viendraient donc combler ce vide juridique.

D’autre part, la législation américaine en matière de diffamation considère qu’en cas de poursuites, c’est au plaignant ou à la plaignante qu’incombe d’apporter la preuve de son innocence et non, comme en France, à l’accusateur.rice de démontrer la véracité de ses affirmations (soulignons qu’il est bien plus difficile de prouver son innocence que d’étayer un fait). Le corollaire en est que les journalistes et autres leaders d’opinion sont davantage libres de relayer des accusations à l’encontre de personnalités. L’affaire Weinstein, qui débuta le 5 octobre 2017, fut ainsi déclenchée par un article du New York Times14, relatant les témoignages de plusieurs victimes d’agressions sexuelles, qui entraîna à sa suite une cascade de dénonciations, souvent sans preuve et sans procédure judiciaire – et ce malgré les accusations de diffamation portées par les avocats d’Harvey Weinstein. En Europe, où le droit de la presse est un peu plus restrictif, une telle situation est moins susceptible de se produire.

La fabrique médiatique de la cancel culture

Reste enfin à évoquer le rôle décisif de Black Twitter dans la naissance de ce que l’on nomme désormais cancel culture. Issu de la rencontre entre deux faits sociaux majeurs – les discriminations systémiques subies par les communautés afro-américaines et le formidable outil d’expression que constituent les réseaux sociaux – Black Twitter est « un réseau de personnes partageant la même expérience culturelle, qui discutent [notamment] de ce que c’est d’être noir et de tout ce qui a trait à la vie des Noirs »15. Groupe culturel très dynamique et militant, Black Twitter a révélé sa force politique à plusieurs reprises, en particulier suite au meurtre de Trayvon Martin, de celui d’Eric Garner, ou encore dans le cadre du mouvement « Black Lives Matter ».

C’est également au sein de ce réseau, souvent prompt aux détournements humoristiques, que l’expression « being canceled » (littéralement, « être annulé ») a été popularisée en un mème internet16. Comme l’explique Meredith D. Clark, spécialiste de Black Twitter et de la cancel culture, ce phénomène marginal a été subséquemment disséqué par des observateur.rice.s extérieur.e.s, en particulier des journalistes, qui en ont largement exagéré et amplifié l’importance17. Le terme « canceled » a alors remplacé celui de « call-out » (« pointer du doigt » ou « interpeller ») qui désignait lui-même une pratique répandue sur Black Twitter – et initiée par les femmes afro-américaines18 : critiquer publiquement une personne, un lieu, une marque ou un objet, non tant pour dénoncer un comportement individuel spécifique que pour « pointer du doigt » les inégalités systémiques et exiger un changement.

Le fait est, pourtant, que les deux expressions que les médias ont rendues interposables, tant par ignorance que par facilité, n’ont pas la même signification. Pour la minorité à l’origine de ces pratiques, « annuler » une personne ou une chose – un châtiment qui équivaut à une forme d’ostracisme et/ou de censure – n’intervient qu’en ultime ressort, lorsque le « call-out » est inefficace ou l’affront trop grand. En principe, le « call-out » fait d’abord office d’avertissement : il laisse à la personne la possibilité d’évoluer et de revoir son discours ou ses pratiques. Parler de cancel culture n’a dès lors aucun sens, car s’il existe effectivement une pratique du « call-out » au sein des communautés Afro-américaines, le fait de « cancel » relève bien plus de l’exception que de la norme. 

Surtout, l’idée de cancel culture (intrinsèquement péjorative puisqu’elle élève la censure au rang de pratique culturelle) occulte complètement la notion de rapport de force, pourtant essentielle pour comprendre l’origine de ces pratiques. Le « call-out » est en effet apparu avec le mouvement « Black Power » dans les années 1960 : face aux inégalités structurelles insurmontables, la minorité afro-américaine n’avait guère d’autre instrument que sa voix pour sensibiliser l’opinion publique à sa cause. Depuis, la pratique s’est perpétuée et a gagné du poids grâce aux réseaux sociaux. Il est donc important de se rappeler que le « call-out » sert avant tout à peser face à des figures autrement hors d’atteinte (artistes, personnalités publiques, marques…) et à attirer l’attention sur des sujets invisibilisés par les médias « mainstream »19.

En définitive, si l’on peut certes admettre l’existence de prédispositions nord-américaines pour la dénonciation publique, tant en regard du droit que des traditions, il n’empêche que l’expression cancel culture n’est rien d’autre que l’extrapolation médiatique d’une pratique marginale, elle-même issue d’une lutte sociale. Pour être tout à fait juste, il faut néanmoins souligner que l’origine douteuse du concept n’empêche en rien l’existence de dérives, ni même qu’une forme effective de « culture de          l’annulation » ait pu apparaître a posteriori. Elle doit néanmoins nous alerter sur le fait que la notion de cancel culture n’est pas neutre ; elle est même profondément politique.

Derrière la « cancel culture », la contestation d’un ordre moral et culturel

Celles et ceux qui s’alarment aujourd’hui devant la « censure de gauche » devraient peut-être se souvenir qu’ils ne sont pas les premier.ère.s. Dans les années 1990, déjà, la droite conservatrice américaine s’élevait contre l’offensive progressiste des minorités et des féministes, perçue comme une dictature du politiquement correct. Fait intéressant, l’expression – qui circulait jusqu’alors à bas bruit dans les cercles restreints de la gauche radicale universitaire – fut popularisée par une série d’articles du New York Times20. Devenue péjorative, elle entra dans le lexique des conservateur.rice.s. Les médias de l’époque (qui sont, soit-dit en passant, les mêmes qu’aujourd’hui) regorgeaient alors de micro-polémiques et d’exemples, souvent exagérés, parfois inventés, sur l’intolérance d’une gauche prompte à dénoncer le sexisme, l’homophobie et le racisme21. La contre-offensive de la droite conservatrice américaine s’exporta rapidement, et fit bien vite les gros titres de la presse et des revues françaises. 

Deux citations résument assez précisément les craintes de l’époque. L’une, du président George W. Bush, fut prononcée lors d’une cérémonie de remise des diplômes de l’Université du Michigan : « La notion de politiquement correct a déclenché une controverse à travers le pays. Et bien que le mouvement naisse du désir louable de balayer les débris du racisme, du sexisme et de la haine, il remplace les vieux préjugés par de nouveaux. Il déclare certains sujets interdits, certaines expressions interdites, voire certains gestes interdits. »22 La seconde, du politologue Philippe Raynaud, vient compléter la première : « […] cette inflexion libérale de la démocratie américaine n’aurait pas autant de portée si elle ne s’accompagnait pas d’un autre phénomène de grande ampleur : la segmentation de la société en un ensemble hétéroclite de minorités, dont la protection a fini par devenir le seul projet politique des libéraux américains. La résultante de ces deux forces est facile à comprendre : la démocratie des droits se veut avant tout une démocratie des minorités »23. Toute ressemblance avec une controverse existante n’est évidemment pas fortuite.

La question du rapport de force : qui « annule » qui ?

Qu’il s’agisse du politiquement correct ou de la cancel culture, la critique est donc fondamentalement la même : censure, police de la pensée… En somme, « on ne peut plus rien dire ! ». Mais ce qu’oublient souvent, volontairement parfois, les défenseurs et défenseuses autoproclamé.e.s du débat public, c’est, une fois encore, l’importance du rapport de force. Qui est vraiment « annulé » ? Qui est invisibilisé ? Qui « annule » qui ?

Comme le relève très justement le sociologue Éric Fassin, « aux États-Unis, le sexisme et le racisme affichés par D. Trump n’ont manifestement pas empêché son élection en 2016 ; et des accusations d’agression sexuelle n’ont pas bloqué la confirmation de deux des neuf juges qui siègent à la Cour Suprême. En revanche, comme le reconnaît Thomas Chatterton Williams lui-même [L’auteur de la tribune sur « la justice et la liberté de débattre », évoquée en introduction] dans un entretien accordé au New Yorker, nul n’a été plus « annulé » que Colin Kaepernick24. » Une remarque qui vaut également pour la France : « Gérald Darmanin, sous le coup d’une accusation de viol, est nommé ministre de l’Intérieur au moment même où la justice ordonne la reprise des investigations, tandis que la chaîne de télévision CNews a embauché le polémiste d’extrême droite Éric Zemmour juste après la confirmation de sa condamnation pour incitation à la discrimination islamophobe. Dans un cas comme dans l’autre, c’est le contraire d’une sanction. […] Malgré les protestations, Roman Polanski est récompensé par l’Académie des César, et c’est au livre de sa victime Vanessa Springora qu’on doit la relance de l’enquête contre Gabriel Matzneff : celui-ci revendiquait pourtant dans son œuvre, depuis des décennies, son goût des adolescentes (et même des enfants). Les deux hommes se soustraient du reste, encore aujourd’hui, à la justice. Quant à Woody Allen, accusé d’agression sexuelle par sa fille adoptive depuis près de trente ans, il continue de faire des films célébrés des deux côtés de l’Atlantique. »25

Bien sûr, les polémistes de CNews – Éric Zemmour, Pascal Praud, etc. – sont les premiers à se plaindre des effets délétères de la cancel culture et à s’en déclarer victimes… devant près d’un million de téléspectateur.rice.s quotidien.ne.s. Brandir le spectre d’une menace de censure à l’encontre de la parole publique et médiatique est une stratégie rhétorique bien commode pour étouffer toute forme de critique. Et qu’importe que l’on s’exprime soi-même sans réelle contradiction sur un média à large audience. Notons d’ailleurs que dans « cancel culture », il y a… « culture ». Or, comme l’écrivait le sociologue James Davison Hunter dans les années 1990, « le pouvoir de la culture, c’est le pouvoir de définir la réalité, le pouvoir de cadrer le débat, et ce pouvoir réside parmi les élites ». Placer la culture du côté de celles et ceux qui, supposément, censurent, boycottent et annulent, c’est donc renverser implicitement le rapport de force. 

Il est vrai, néanmoins, que les réseaux sociaux permettent désormais à des centaines de milliers (voire des millions) de personnes de faire pression collectivement sur des individu.e.s, des institutions ou des marques autrement hors d’atteinte. Ils permettent à celles et ceux qui restaient jusqu’alors inaudibles de s’exprimer. Les cercles élitaires, qu’ils soient médiatiques, intellectuels, artistiques ou autres, voient ainsi leur pouvoir – celui de façonner le débat, de contrôler l’espace public – contesté par l’émergence de ces contre-publics minoritaires. Et c’est précisément cette perte de pouvoir, objet d’une sorte de panique morale, qui explique l’ampleur de la polémique. Ce qui se cache derrière la « cancel culture », c’est donc une lutte, un rapport de pouvoir, dont l’enjeu est la (re)définition des valeurs sociales : qu’est-ce que la société doit valoriser ? Et quelles sont, au contraire, les pratiques qu’elle doit discréditer ? Que les minorités aient aujourd’hui le pouvoir de se saisir de cette question ne constitue pas une menace pour le débat et la liberté d’expression. Au contraire, c’est le signe d’une reconfiguration, plus ouverte, de l’espace public. 

Les errements ne font pas la norme, encore moins une « culture »

L’idée de « cancel culture », nous l’avons vu, est d’abord une construction médiatique et politique. La dénonciation publique, le boycott, et autres pratiques associées, ne relèvent pas d’une culture ; ce sont des instruments politiques employés pour contrebalancer un rapport de force écrasant. Cela dit, il serait malhonnête de considérer toute critique comme la simple expression de craintes conservatrices. Après tout, nombre d’entre elles émanent de figures réputées de gauche : Barack Obama, Thomas Chatterton Williams, Noam Chomsky, Gloria Steinem, etc. Iels dénoncent par exemple « un climat de peur, contraire à la liberté d’expression » qui rendrait les rapports sociaux « plus brutaux »26 et pousserait à l’autocensure, par crainte de « représailles » et de « conséquences professionnelles désastreuses »27

Certains cas sont fréquemment cités en exemple, tel celui de Justine Sacco, directrice d’une société de relations publiques, qui, avant de monter à bord d’un avion entre Londres et Soweto (Afrique du Sud), eu la brillante idée d’écrire sur Twitter qu’elle n’attraperait pas le sida parce qu’elle était blanche. Une (mauvaise) blague – qui se moquait, selon ses dires, de la déconnexion complète des américain.e.s avec les réalités africaines –, malheureusement interprétée au premier degré par ses quelque 170 abonné.e.s. Cette maladresse lui valu de perdre son travail, le soutien de sa famille, et de subir un lynchage public traumatisant28. Souvent mentionné aussi, le cas de Bret Weinstein, un professeur d’université contraint de démissionner après avoir refusé de participer à une journée durant laquelle les Blanc.he.s devaient s’abstenir de venir sur le campus, afin de le laisser complètement aux personnes issues des minorités29. En France, l’annulation de la représentation des Suppliantes d’Eschyle, à la Sorbonne, sous la pression de militant.e.s antiracistes, est également régulièrement invoquée30.

Néanmoins, la question n’est pas de savoir si ces exemples sont problématiques. Ils le sont, sans aucun doute. Mais rien ne permet d’affirmer qu’ils sont symptomatiques d’une tendance de fond. Qu’il y ait, en marge des luttes sociales, des groupes radicaux et des dérives n’a en soi rien de surprenant. C’est même une constante quel que soit le bord politique. Qui plus est, le nombre d’exemples significatifs, bien que difficile à quantifier, semble assez limité. C’est ce que montre, par exemple, une étude conduite par le sociologue Renaud Maes sur les « annulations » d’enseignant.e.s aux États-Unis. Sur les 172 cas répertoriés par la National Association of Scholars (en date de juin 2021), il en conclut que seuls 32, au maximum, sont effectivement des licenciements liés à une controverse autour d’une question sociale – 32 sur les 638 702 employé.e.s à temps plein que compte le personnel enseignant aux États-Unis31. Rappelons enfin, comme nous l’évoquions précédemment, que de nombreux exemples de dérives jugées scandaleuses ne sont en fait que des exagérations médiatiques32

En guise de conclusion… 

A l’issue de ces réflexions – évidemment loin d’être exhaustives – il nous est au moins possible de dégager quelques constats. D’abord, il apparaît clairement que le débat sur la cancel culture et les pratiques auxquelles elle est associée sont étroitement liés à la culture américaine. Le tout s’inscrit en effet dans une tradition politique séculaire, dans une conception particulière de la liberté d’expression, et dans la très forte polarisation des opinions américaines sur les questions d’ordre morales et culturelles (les fameuses « guerres culturelles », ou « culture wars »33). Par conséquent, l’exportation de cette polémique interroge : a-t-elle véritablement du sens en Europe ? Est-il pertinent de transposer le répertoire d’action collective des militant.e.s américain.e.s dans le contexte français ? C’est ce que conteste, par exemple, la sociologue Nathalie Heinich, qui estime que la cancel culture « n’a rien à faire en France, où la liberté d’expression est encadrée et protégée par la loi »34.

D’autre part, l’expression même de « cancel culture » est à la fois un construit médiatique, qui répond à des logiques de marché (susciter l’indignation pour faire de l’audience), et un produit politique et idéologique. C’est une caricature des pratiques développées par la gauche progressiste qui sont autrement plus complexes et nuancées que ce qu’elle sous-entend. En fait, l’expression en dit certainement plus long sur celleux qui l’ont forgé que sur l’objet qu’elle désigne. Ce qui n’est pas sans rappeler la récente polémique sur « l’islamo-gauchisme »… 

Enfin, les pratiques auxquelles elle renvoie sont la résultante d’un rapport de force : la dénonciation, le boycott massif, ou, dans les cas plus extrêmes, « l’annulation », sont autant de tactiques politiques visant à combler les énormes inégalités d’accès à l’espace public. Qu’il existe des comportements extrêmes, des conséquences malheureuses ou des actions discutables est un fait incontestable. Mais le radicalisme de quelques-un.e.s ne fait pas la norme, et encore moins une « culture ». Quant au « on ne peut plus rien dire », régulièrement scandé par certain.e.s, il est l’expression d’un malaise compréhensible face à la remise en cause, souvent brutale, des valeurs et modèles qui ont dominé l’Occident des siècles durant. Oui, le processus de déconstruction en cours peut déstabiliser, heurter, faire peur. Et oui, parfois sans doute il s’égare, cherchant son chemin à tâtons. Mais il n’en est pas moins légitime.

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Pour citer l’article :

RABOUIN, T. (2021). La « cancel culture », une construction rhétorique. Generation for Rights Over the World. growthinktank.org. [online] Aug. 2021.

Nous remercions Marion Sanchez et Camille Cottais pour leur relecture.

©Photo “Cancel culture”, by Gordon Johnson, licensed under Pixabay Licence.

References
1 Cancel culture se traduit littéralement par « annuler, supprimer la culture ».
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3 N.A. (2020). A Letter on Justice and Open Debate. Harpers.org. [online] 07 Jul. Available at:https://harpers.org/a-letter-on-justice-and-open-debate/ [Accessed 23 Jul. 2021]. 

Pour la traduction française, voir : N.A. (2020). Mark Lilla, Margaret Atwood, Wynton Marsalis… : « Notre résistance à Donald Trump ne doit pas conduire au dogmatisme ou à la coercition ». Le Monde.fr. [online] 08 Jul. Available at: https://www.lemonde.fr/idees/article/2020/07/08/mark-lilla-margaret-atwood-wynton-marsalis-notre-resistance-a-donald-trump-ne-doit-pas-conduire-au-dogmatisme-ou-a-la-coercition_6045547_3232.html [Accessed 23 Jul. 2021].

4 La polémique a été provoquée, comme souvent, par une interprétation erronée (et de mauvaise foi) des intentions du mouvement. Plusieurs médias de droite (tels que Fox News, The American Conservative ou, en France, RT et Valeurs Actuelles) se sont fait l’écho d’une tribune publiée dans le Wall Street Journal par la critique littéraire Meghan Cox Gurdon, dans laquelle celle-ci affirmait que L’Odyssée d’Homère aurait été bannie par un Lycée au Massachusetts, ce qui fut pourtant démenti par la suite.
5 Le qualificatif « woke » (littéralement « éveillé »), issu de l’argot Afro-Amércain, s’est répandu dans les années 2010, avec le mouvement Black Lives Matter. À l’origine, l’expression désignait de manière élogieuse un état d’éveil et d’alerte face à l’oppression qui pèse sur les personnes issues des minorités ethniques, sexuelles, religieuses, etc. Le chroniqueur conservateur du New York Times, David Brooks, a popularisé ce terme dans une acception plus injurieuse, l’utilisant à la manière dont certain.e.s chroniqueur.se.s francophones utilisent le terme « bobo ». Le terme « Wokeness » désigne par extension le (prétendu) courant idéologique des « wokes », perçu par la droite conservatrice comme un mouvement monolithique.
6 L’expression est employée par l’avocat Agnès Tricoire et les philosophes Jacinto Lageira et Christian Ruby dans une tribune publiée sur AOC : TRICOIRE A., LAGEIRA J. and RUBY C. (2021). Cancel Culture: la censure euphémisée. aoc.media. [online] 21 Apr. Available at: https://aoc.media/opinion/2021/04/20/cancel-culture-la-censure-euphemisee/[Accessed 23 Jul. 2021]). Du reste, le parallèle entre censure et cancel culture est souvent dressé.
7 Cette expression, qui rapproche la cancel culture de la chasse aux communistes lancée par le sénateur McCarthy dans les années 1950, a été inventée par l’écrivain français Marc Weitzmann, avant d’être reprise par de nombreux médias.
8 Propos recueillis et publiés par Le Figaro dans un article du 08 avril 2018. Le chercheur y affirme notamment que « pour les Américains, [la dénonciation publique] n’est pas de la délation, c’est un geste civique » : DESCOURS, G. (2018). Les récompenses aux renseignements, une tradition américaine. Le Figaro.fr. [online] 08 Apr. Available at: https://www.lefigaro.fr/international/2018/04/08/01003-20180408ARTFIG00023-les-recompenses-aux-renseignements-une-tradition-americaine.php [Accessed 23 Jul. 2021].
9 FEERTCHAK, A. and LE CAIN, B. (2017). Harcèlement sexuel : une culture de la dénonciation différente selon les pays. Le Figaro.fr. [online] 28 Nov. Available at: https://www.lefigaro.fr/international/2017/11/28/01003-20171128ARTFIG00274-harcelement-sexuel-une-culture-de-la-denonciation-differente-selon-les-pays.php [Accessed 23 Jul. 2021].
10 N.A. (2005). Aux États-Unis, dénoncer ou surveiller ses voisins fait partie de la culture du pays Le mouchardage, un sport américain érigé en vertu civique. L’orient le jour.com. [online] 16 Jul. Available at: https://www.lorientlejour.com/article/506886/Societe_-_Aux_Etats-Unis%252C_denoncer_ou_surveiller_ses_voisins_fait_partie_de_la_culture_du_pays_Le_mouchardage%252C_un_sport_americainerige_en_vertu_ci.html [Accessed 23 Jul. 2021].
11 L’acronyme WASP, qui signifie White Anglo-Saxon Protestants, fait référence aux descendants d’immigrants protestants d’Europe du Nord et de l’Ouest dont le mode de vie et la pensée ont longtemps constitué un modèle dominant.
12 Concernant les liens entre idéologie puritaine et droite conservatrice, voir par exemple : TOINET, M.-F. (1995). Aux sources puritaines des Etats-Unis. Le Monde Diplomatique.fr. [online] May. Available at: https://www.monde-diplomatique.fr/1995/05/TOINET/6262 [Accessed 23 Jul. 2021].
13 Tribune parue dans le journal Le Monde : HEINICH, N. (2020). La “cancel culture” est la conséquence du sous-développement juridique nord-américain. Le Monde.fr. [online] 07 Aug. Available at: https://www.lemonde.fr/idees/article/2020/08/07/la-cancel-culture-est-la-consequence-du-sous-developpement-juridique-nord-americain_6048344_3232.html [Accessed 23 Jul. 2021].
14 KANTOR, J. and TWOHEY, M. (2017). Harvey Weinstein Paid Off Sexual Harassment Accusers for Decades. The New York Times.com. [online] 05 Oct. Available at: https://www.nytimes.com/2017/10/05/us/harvey-weinstein-harassment-allegations.html?_r=0 [Accessed 23 Jul. 2021].
15 Définition proposée par Meredith D. Clark, dans sa thèse consacrée à Black Twitter : CLARK, M. (2014). To tweet our own cause: A mixed-methods study of the online phenomenon “Black Twitter”. Chapel Hill, NC: University of North Carolina at Chapel Hill Graduate School.
16 SHIFMAN, L. (2013). Memes in a digital world: Reconciling with a conceptual troublemaker. Journal of Computer-Mediated Communication, 18(3), p. 362–377.
17 CLARK, M. (2020). DRAG THEM: A brief etymology of so-called “cancel culture.” Communication and the Public, 5(3–4), 88–92.
18 NAKAMURA, L. (2015). The unwanted labour of social media: Women of color call out culture as venture community management. New Formations, 86(86), p.106–112.
19 TYNES, B., SCHUSCHKE, J. and NOBLE, S.U. (2016). The Intersectional Internet. Bern: Éd. Peter Lang.
20 L’article de Richard Bernstein, « IDEAS & TRENDS; The Rising Hegemony of the Politically Correct », paru le 28 octobre 1990, fut le premier d’une longue série (et le plus influent dans le débat publique). BERNSTEIN, R. (1990). IDEAS & TRENDS; The Rising Hegemony of the Politically Correct. The New York Times.com. [online] 28 Oct. Available at: https://www.nytimes.com/1990/10/28/weekinreview/ideas-trends-the-rising-hegemony-of-the-politically-correct.html?pagewanted=all [Accessed 23 Jul. 2021].
21 FASSIN, E. (2020). Cancel culture (l’importation d’une polémique), Publictionnaire.huma-num.fr. [online] 17 May. Available at: http://publictionnaire.huma-num.fr/notice/cancel-culture-limportation-dune-polemique/ [Accessed 23 Jul. 2021].
22 Pour la retranscription du discours (en anglais) : BUSH, G. W. (1991). Remarks at the University of Michigan Commencement Ceremony in Ann Arbor. [online] 04 May. George W.H. Bush Presidential Library & Museum. Available at: https://bush41library.tamu.edu/archives/public-papers/2949 [Accessed 23 Jul. 2021].
23, 25 RAYNAUD, P. (1992). De la tyrannie de la majorité à la tyrannie des minorités. Le débat, 2(69), pp. 48-56.
24 Colin Rand Kaepernick est un footballeur américain dont la carrière a été brutalement interrompue en 2016 pour avoir choisi de mettre un genou à terre pendant l’hymne national, en soutien aux victimes de violences policières.
26 Propos de Thomas Chatterton Williams, principal initiateur de la tribune du Harper’s Magazine, recueillis et publiés par Le Monde le 26 juillet 2020 : BHERER, M.-O. (2020). Thomas Chatterton Williams : « Un espace public corseté par la “cancel culture” ne sert pas les intérêts des minorités ». Le Monde.fr. [online] 26 Jul. Available at: https://www.lemonde.fr/idees/article/2020/07/26/thomas-chatterton-williams-un-espace-public-corsete-par-la-cancel-culture-ne-sert-pas-les-interets-des-minorites_6047306_3232.html [Accessed 23 Jul. 2021].
27 N.A. (2020). Mark Lilla, Margaret Atwood, Wynton Marsalis… : « Notre résistance à Donald Trump ne doit pas conduire au dogmatisme ou à la coercition ». Le Monde.fr. [online] 08 Jul. Available at: https://www.lemonde.fr/idees/article/2020/07/08/mark-lilla-margaret-atwood-wynton-marsalis-notre-resistance-a-donald-trump-ne-doit-pas-conduire-au-dogmatisme-ou-a-la-coercition_6045547_3232.html [Accessed 23 Jul. 2021].
28 Voir par exemple : RONSON, J. (2015). How One Stupid Tweet Blew Up Justine Sacco’s Life. The New York Times.com. [online] 12 Feb. Available at: https://www.nytimes.com/2015/02/15/magazine/how-one-stupid-tweet-ruined-justine-saccos-life.html [Accessed 23 Jul. 2021].
29 Voir par exemple : WEISS, B. (2017). When the Left Turns on Its Own. The New York Times.com. [online] 01 Jun. Available at: https://www.nytimes.com/2017/06/01/opinion/when-the-left-turns-on-its-own.html [Accessed 23 Jul. 2021].
30 Voir, par exemple : WEITZMANN, M. “Les Suppliantes” et le blackface : les nouvelles censures au théâtre. Signes des temps. France culture. 07 avril 2019. 45mn.
31 MAES, R. (2021). La « cancel culture » à l’assaut du débat public. La Revue Nouvelle, 4(4), p. 2-8.
32 Le cas de la prétendue interdiction de l’Odyssée dans un Lycée américain vient à l’esprit. On peut également évoquer la démission forcée du journaliste James Bennett, qui travaillait au New York Times : dépeint par beaucoup comme une victime de la cancel culture, le journal avait en réalité de solides raisons d’exiger son départ. Autre exemple, le cas d’un article du San Francisco Gate, dans lequel deux journalistes s’interrogeaient sur l’éventuel problème posé par le conte de Blanche Neige dans le cadre d’une éducation au consentement. L’histoire fut ensuite reprise hors de toute proportion par Fox News, sous le titre « les féministes veulent annuler Blanche Neige », et s’est largement propagée en France.
33 Le concept de « culture wars » a été développé par le sociologue James Davison Hunter, dans son ouvrage référence Culture Wars: The Struggle to Define America (1991). Il dresse le constat de la polarisation de la population américaine autour de certains enjeux moraux et culturels : droit des minorités, discrimination positive, éducation publique, etc.
34 HEINICH, N. (2020). La “cancel culture” est la conséquence du sous-développement juridique nord-américain. Le Monde.fr. [online] 07 Aug. Available at: https://www.lemonde.fr/idees/article/2020/08/07/la-cancel-culture-est-la-consequence-du-sous-developpement-juridique-nord-americain_6048344_3232.html [Accessed 23 Jul. 2021].

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