Qu’est-ce que l’intersectionnalité ? 

L’intersectionnalité, ou intersectionnalisme, est un concept en sociologie et en théorie politique qui décrit la situation des individu.e.s retrouvant à l’intersection de plusieurs types d’exclusion, subissant simultanément plusieurs formes de stratification, de domination ou de discrimination dans une société.

Proposé par l’universitaire afroféministe américaine Kimberlé Williams Crenshaw en 1989, le terme visait initialement à illustrer l’intersection du sexisme et du racisme que subissent les femmes afro-américaines, afin d’expliquer pourquoi elles étaient ignorées dans les discours féministes de l’époque. Depuis les années 2010, la notion d’intersectionnalité a été élargie pour inclure toutes les formes de discriminations pouvant se croiser.

L’intersectionnalité permet donc de comprendre que les différentes formes de discrimination ne s’additionnent pas simplement, mais qu’elles se combinent pour créer des situations uniques d’oppression et de privilège. Ainsi, d’après cette approche, l’expérience de discrimination vécue par une femme noire, de classe ouvrière, ne peut être entièrement comprise en analysant uniquement le sexisme, le racisme et la classe économique séparément : il faut considérer comment ces trois formes d’oppression interagissent et se renforcent mutuellement.

Les enjeux de l’intersectionnalité

L’intersectionnalité semble autant encouragée que critiquée. Les défenseur.se.s de ce concept soutiennent qu’elle permet une analyse globale des systèmes de pouvoir et de domination en prenant en compte les multiples dimensions de l’oppression, entraînant une compréhension plus complète et nuancée des expériences individuelles. Plus inclusive, l’approche intersectionnelle prend en compte la complexité des identités humaines et des formes de discrimination, en évitant de réduire les individu.e.s à une seule dimension de leur identité. Une telle approche favorise la solidarité entre les différents groupes marginalisés en reconnaissant leurs luttes communes.

En effet, si ignorer certaines formes de discrimination risque de perpétuer des injustices et des divisions au sein de la société, adopter une perspective intersectionnelle permet au contraire de s’assurer que personne ne soit laissé pour compte et favorise les avancées vers une société plus juste.

Toutefois, certaines personnes critiquent l’intersectionnalité en pointant du doigt sa difficile application dans la pratique en matière de politique publique et/ou d’action militante. Certain.e.s craignent notamment que l’intersectionnalité ne crée une concurrence entre les différents groupes marginalisés pour déterminer qui est le plus opprimé, plutôt que de promouvoir une compréhension collective des systèmes de domination. Ainsi, il existe des préoccupations concernant l’instrumentalisation politique de l’intersectionnalité, dans la mesure où certain.e.s acteur.rice.s pourraient exploiter le concept à des fins partisanes ou pour hiérarchiser les discriminations. À titre d’exemple, certain.e.s auteur.rice.s estiment que l’intersectionnalité met davantage en avant la question de la race et la question du genre plutôt que celle de la classe, créant un déséquilibre injustifié. 

On reproche enfin à l’approche intersectionnelle d’aller à l’encontre de l’idéal universaliste, qui est une conception abstraite de la citoyenneté selon laquelle la meilleure façon de ne pas discriminer un.e citoyen.ne est de le définir en faisant abstraction de sa race, sa religion, ses opinions politiques, son orientation sexuelle, son genre, etc. Le risque de cette vision universaliste est d’invisibiliser les discriminations subies par certains groupes de la société, et est parfois un argument utiliser pour ne pas s’interroger des problèmes liés notamment au racisme, au validisme ou au classisme.

Entre segmentation et articulation des luttes : comment combattre les discriminations ?

En somme, bien que l’intersectionnalité offre une approche enrichissante pour comprendre les dynamiques de pouvoir et d’oppression, elle présente également des défis en termes d’applicabilité pratique et des risques d’instrumentalisation politique. Si la mobilisation de ce concept reste bienvenue au vu de ses nombreux avantages, encore faut-il le manier à bon escient, et ne pas en faire une utilisation qui reviendrait à ignorer les singularités propres à chaque discrimination. 

Segmenter les discriminations et les appréhender de manière totalement individuelle permet une action potentiellement plus efficace et plus adaptée aux spécificités des enjeux identitaires en question. L’approche intersectionnelle garantit une reconnaissance de la complexité des inégalités structurelles et des liens qu’elles entretiennent tout en favorisant la solidarité entre les individu.e.s opprimé.e.s. L’équilibre entre ces deux approches pourrait être la clé pour mener une lutte inclusive et efficace contre toutes les formes de discrimination.

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