Mouvement punk : quelles idéologies ? 

Le mouvement punk, prenant racine en Angleterre, exprime la période entre 1976 et 1980 où est apparu un réel engouement pour des groupes de rock plus agressifs, naviguant sur une inspiration sombre alimentée par le climat de crises économiques, de guerres et d’attentats sur le sol européen. Plus qu’un simple courant musical, à travers le punk va se développer un important mouvement social et artistique : la « punkitude » est venue bousculer la société et proposer une alternative aux solutions, considérées comme trop utopiques, proposées par les hippies. En effet, comme beaucoup de mouvements, les punks sont né.e.s par contestation de l’ordre établi et par opposition au mouvement précédent. 

Le mouvement attire, du moins à ses origines, les personnes qui ne sentent pas à leur place dans la société, sans pour autant que ces dernières ne cherchent à s’en échapper. Il s’agit de ces personnes profondément touchées par les crises économiques, le chômage de masse et ayant été bercées par les images des guerres à la télévision. Le célèbre slogan « No future » est une parfaite illustration de l’image qu’iels ont de la société. Les principales idéologies et contestations politiques du mouvement tirent leurs origines de ce sentiment d’exclusion : anarchisme, individualisme, existentialisme, anticapitalisme, anti-autoritarisme, ou encore antiracisme. Iels questionnent la place de l’individu.e et ses libertés dans la société dans laquelle iels grandissent, faisant de la liberté d’expression et du penser pour soi-même le centre de leur philosophie. Pour simplifier, le mouvement punk veut mettre en place une société où l’être humain sera le plus libre possible en s’opposant à toute forme d’autorité. Le fameux « do it yourself » qui leur est associé, plus que de n’être simplement une signature stylistique, est le symbole de ces contestations politiques et réflexions sociétales.

Gilles Pierroux disait « Rarement un mouvement artistique aura correspondu aussi étonnamment avec le choc social dont il est contemporain. […] les années 1970 auront eu des représentations marquées du sceau de la violence, terroristes, autonomes, autonomistes et punks dénonçant, chacun à leur manière, les problèmes majeurs du monde actuel. Plus le problème est aigu, plus la contestation se fait violente ; on pourrait presque croire que, dans les périodes de crise profonde Ia société suscite elle-même les marginaux qui auront pour rôle de mettre au jour le mal, donc de l’exorciser et de le solutionner en partie ». (« L’institution », Art et institution : l’exemple du mouvement punk, 1981, p.327-357)

Le mouvement du « no future » ?

Il ne faut pas croire que le mouvement est éteint, mais plutôt qu’il ne répond plus à ses aspirations initiales. La récupération commerciale étant passée par là, les codes artistiques punks sont bel et bien présents dans de nombreux domaines associés à l’art, comme la haute couture, la communication ou le cinéma. 

Il y a plus de 40 ans, les Sex Pistols lançaient le refrain « no future », qui devient alors l’emblème du punk rock. Mais, paradoxalement, cette mouvance a connu une suite. Elle a perduré, car elle a révolutionné les mentalités par son style vestimentaire ou encore sa façon de s’exprimer. Le punk a survécu, et ce, non uniquement par sa musique agressive : c’est le mouvement artistique plus global qui a survécu. Comme le dit Vincent Bernière, coauteur de Punk Press : « Le Punk, c’est de l’énergie et le fait de faire des choses même si on ne maîtrise pas la technique ». La mouvance punk a apporté une véritable révolution stylistique, le « Do It Yourself » a donné naissance à un style vestimentaire tellement fort qu’il est encore vivant aujourd’hui. La mode a modifié la perception des personnes sur leur façon de s’habiller, sur leur vision du monde, sur leur manière de se projeter dans celui-ci. Cette mode vestimentaire est à l’image de ce que représentait la mouvance punk, elle a pris à contrepied tous les principes établis. C’est une mode qui n’est pas partie des ateliers de création, mais qui s’est développée dans la rue et est remontée chez les créateur.rice.s. La mode punk a contesté les codes établis, car elle provoquait, enlaidissait, contestait. Aujourd’hui, elle est devenue une norme, comme le précise Olivier Saillard, directeur du musée Galliera : « N’importe qui porte un piercing, les cheveux roses, ou un jean déchiré aujourd’hui ». 

Bien qu’il ait perdu sa philosophie initiale, le mouvement punk a eu un héritage : il a permis de questionner la perception de l’individu.e au sein de la société et la manière dont celui/celle-ci peut s’exprimer. En 1978, le groupe Crass chantait « Punk is dead » pourtant, encore aujourd’hui, il y a des punks dans tous les pays. Voulant paradoxalement abolir les traditions, les promoteur.se.s du punk en ont créé une.

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