Traditionnellement, l’expression « droits de l’Homme » trouve ses racines dans la philosophie des Lumières et les déclarations révolutionnaires, comme la Déclaration des droits de l’homme et du citoyen (1789). À cette époque, le terme « Homme » se voulait générique, représentant l’humanité dans son ensemble. Cependant, cette universalité proclamée était en réalité marquée par une exclusion implicite : les femmes, les esclaves et les individu.e.s non-citoyen.ne.s étaient largement absent.e.s de cette conceptualisation. Ainsi, pourquoi devrait-on parler de « droits humains » et non de « droits de l’Homme » ?

Bien plus qu’un changement terminologique 

L’expression « droits de l’Homme » peut être perçue comme excluant les femmes. Historiquement, « Homme » était censé représenter l’ensemble de l’humanité, mais le langage évolue pour mieux refléter l’égalité des genres . Le terme « droits humains » met en avant la dimension universelle de ces droits sans ambiguïté, en englobant explicitement tous les genres. Dans d’autres langues, comme l’anglais avec « human rights » ou l’espagnol avec « derechos humanos », cette formulation inclusive est déjà utilisée depuis longtemps. En outre, de nombreuses institutions, comme l’ONU de plus en plus, ou certaines ONG, privilégient les « droits humains » pour renforcer le caractère universel et égalitaire des droits fondamentaux. En somme, « droits humains » est une manière plus neutre, inclusive et contemporaine de parler des droits universels, tout en respectant leur portée globale.

Adopter l’expression « droits humains » ne relève pas seulement d’un ajustement sémantique, mais d’un choix symbolique et politique. Ce changement reflète une volonté de rendre visible l’invisible, en reconnaissant que les femmes, les minorités de genre et autres groupes marginalisés ont été historiquement oubliés ou sous-représentés dans la définition et l’application des droits. Il s’agit d’adapter le langage à l’époque contemporaine, où l’égalité entre les genres et l’inclusivité sont devenues des normes fondamentales.

Enjeux contemporains : l’avis de Marie-Laure Basilien-Gainche

Le débat entre l’usage des termes « droits de l’Homme » et « droits humains » est à la croisée des réflexions linguistiques, juridiques, philosophiques et sociologiques. Marie-Laure Basilien-Gainche, spécialiste des droits fondamentaux, apporte une réflexion éclairante sur ce sujet. 

Elle souligne que le langage juridique et philosophique a des implications profondes dans la façon dont les droits sont perçus et appliqués. Lorsque les mots utilisés renforcent des biais culturels ou excluent certaines catégories, ils participent à l’invisibilisation de ces groupes.

Dans ses travaux, la juriste insiste sur le fait que le terme « droits de l’Homme » est historiquement marqué par une vision androcentrée, c’est-à-dire centrée sur les hommes cisgenres. Même si « Homme » était supposé être universel, le masculin a souvent été privilégié dans les interprétations et dans les pratiques juridiques et sociales.

Trois points majeurs sont mis en avant pour soutenir l’utilisation de l’expression « droits humains » :

  • Déconstruire l’héritage patriarcal

L’expression « droits de l’Homme » reflète une époque où les femmes étaient considérées comme juridiquement, politiquement et socialement inférieures. Passer à « droits humains » constitue une démarche délibérée de rupture avec ce passé pour promouvoir une égalité réelle dans le langage, qui influence aussi la pensée et l’action.

  • Renforcer l’universalité des droits

Le langage façonne la manière dont les individu.e.s perçoivent le monde. En adoptant l’expression « droits humains », on réaffirme que ces droits ne sont pas réservés à un groupe particulier (les hommes ou les citoyen.ne.s d’une nation donnée), mais qu’ils concernent tou.te.s les êtres humain.e.s, sans distinction de sexe, de genre, d’origine, de religion, etc.

  • Moderniser et harmoniser la langue française avec d’autres langues

Dans de nombreuses langues, comme vu précédemment, la neutralité et l’universalité de l’expression sont déjà bien établies. En français, persister avec « droits de l’Homme » peut donner l’impression d’un retard dans l’évolution des mentalités et du vocabulaire.

Malgré ces arguments, certain.e.s opposent encore des résistances au terme « droits humains ». Iels invoquent l’habitude ou la tradition, voire dénoncent un « excès de politiquement correct ». En réalité, ces résistances sont souvent le reflet de l’inertie culturelle ou d’un attachement inconscient à des structures de pensée patriarcales.

Conclusion

La transition de « droits de l’Homme » à « droits humains » dépasse le simple débat linguistique : elle traduit une évolution sociétale et philosophique, en phase avec les aspirations contemporaines d’égalité, de diversité et d’universalité. Les mots ne sont pas neutres : opter pour une terminologie inclusive et égalitaire est un acte de justice en soi, contribuant à une meilleure reconnaissance des droits pour tou.te.s.

Le langage doit donc être utilisé pour refléter un engagement envers l’universalité et l’égalité, des principes particulièrement mis à l’épreuve aujourd’hui par des crises politiques et environnementales qui touchent de manière disproportionnée les groupes vulnérables. En somme, ce débat s’inscrit dans une prise de conscience collective de la nécessité d’une approche inclusive et universelle pour répondre aux défis mondiaux en matière de justice sociale et de protection des droits fondamentaux.

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