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La culture du régime est au fondement de la grossophobie, un système d’oppression qui produit des discours de haine envers les personnes grosses et alimente une véritable peur de la grosseur. La grossophobie s’inscrit dans une société où le diktat de la minceur est omniprésent, la minceur étant considérée comme esthétique et la grosseur comme péjorative, inesthétique, pathologique, et même honteuse. La grossophobie médicale est notamment très répandue, dissuadant voire empêchant les personnes grosses d’accéder à des soins. Celles-ci ont également beaucoup de mal à s’habiller, ou de façon plus générale, à exister dans l’espace public, face à une société qui n’est pas pensée pour leur corps. Il est dès lors essentiel de lutter contre les actes grossophobes, actes quotidiens et institutionnalisés qui ont des conséquences désastreuses sur plus d’un tiers de la population mondiale.

 

Qu’est-ce que la culture du régime ?

La culture du ou des régime(s), diet culture en anglais, est définie par Christy Harrison, diététicienne anti-régime, comme « un système de croyance : 

  • prônant la minceur et l’associant à la santé, au bonheur et à la vertu morale
  • encourageant la perte de poids, de façon à nous pousser à perdre temps, énergie et argent à essayer de maigrir
  • idéalisant un modèle de beauté inaccessible
  • diabolisant et rendant honteux certaines façons de manger et certains corps tout en en prônant d’autres 
  • opprimant et discriminant les personnes ne correspondant pas aux normes de minceur et à l’image supposée de la « santé », spécifiquement les femmes, ce qui nuit à leur santé mentale et physique. »1

La culture du régime et ses injonctions alimentaires ou physiques tentent souvent de se justifier « au nom de la santé », mais concernent en réalité le poids et l’apparence et peuvent même être nuisibles à notre santé, physique comme mentale. Des exemples de culture du régime peuvent être le fait de labelliser la nourriture comme bonne ou mauvaise, de prôner diverses sortes de régimes restrictifs (cétogène, paleo, jeûne intermittent, etc.), de féliciter les pertes de poids ou le fait de moins manger, de ne pas s’autoriser à manger au-delà d’un certain nombre de calories, de se sentir coupable d’avoir « trop » mangé, ou encore de faire du sport pour se punir ou compenser le fait d’avoir mangé. Ce type d’habitudes, soi-disant saines (healthy), sont en réalité dangereuses et minent notre relation avec la nourriture et notre corps, pouvant même mener au développement de troubles du comportement alimentaire (TCA) telles que l’hyperphagie boulimique2 ou l’anorexie mentale3, la maladie psychiatrique ayant le plus haut taux de mortalité (5 à 20% selon la durée4).

La culture du régime se retrouve également dans les discussions constantes sur le poids, la nourriture, les régimes, les macro-nutriments ou encore l’exercice physique. Cette diet culture, malgré son omniprésence paradoxale, est parfois difficile à entrevoir car elle est très peu remise en question et car l’extrême majorité des personnes reproduisent son discours sans jamais le problématiser. Nous vivons tou.te.s dans cette culture du régime et nous avons presque tou.te.s déjà été insatisfait.e.s de notre corps, envisageant alors la perte de poids comme solution. De plus, il y a un coût social à arrêter de parler de poids et de régime lorsque ces sujets de discussions sont autant présents et vecteurs de socialisation. Étant donné la force et l’omniprésence des injonctions de la culture du régime, tenter de sortir du monde des régimes et d’aimer son corps est un acte militant radical. Par ailleurs, il reste difficile de remettre en question la culture du régime et la grossophobie qui l’accompagne car elles sont socialement acceptées et promues, non seulement par la population générale mais aussi par des instances d’autorité et de pouvoir comme la communauté médicale.

Au-delà des manifestations pratiques de la culture du régime, celle-ci revêt également une dimension symbolique. La culture du régime hiérarchise les corps, prônant la minceur et la perte de poids et dénigrant donc son contraire. Elle glorifie la minceur voire la maigreur, tout en l’associant à la santé, au bonheur et même à la supériorité morale. Cette promesse d’atteindre un statut supérieur en perdant du poids pousse nombre d’entre nous, les femmes en particulier, à dépenser de l’argent, du temps et de l’énergie pour tenter de maigrir, souvent en vain. À noter également que le diktat de la minceur ne s’appuie pas sur une norme majoritaire à laquelle il faudrait correspondre, puisque les idéaux qu’il promeut sont exclusifs et très éloignés du corps de l’écrasante majorité de la population.

La culture du régime classifie également les aliments et les manières de s’alimenter comme bénéfiques ou nuisibles. Elle leur attribue une valeur morale et manichéenne bon/mauvais. Certaines catégories de nourriture (la junk food par exemple) sont ainsi diabolisées tandis que d’autres (naturelles, non transformées) sont déclarées saines. La consommation de ces nourritures considérées non saines est par ailleurs d’autant plus diabolisée lorsque consommée par les personnes grosses alors que la junk food n’est pas tellement considérée comme un problème si ce sont des personnes minces qui la consomment. Un lien est fait entre la nourriture et la personne qui l’ingère : manger sainement ferait de nous quelqu’un.e de bien et manger de la nourriture considérée comme non saine nous rend répréhensible. Des termes absurdes et culpabilisants apparaissent ainsi sur les emballages alimentaires tels que clean ou guilt-free. L’attribution d’une valeur morale à la nourriture n’a pas de sens : c’est une construction sociale, qui découle directement de la culture du régime. 

La culture des régimes pousse les individu.e.s à nier leur faim, leurs sensations et leurs envies en les obligeant à prêter une attention constante à leurs choix alimentaires. Des comportements dangereux voire pathologiques sont banalisés, comme sauter un repas, se restreindre, ne pas écouter son corps, bannir certains aliments (comme les glucides ou le sucre). En tentant de résister à un besoin aussi vital que celui de se nourrir, ces injonctions font de notre corps un ennemi. 

Enfin, la culture du régime est le fondement de l’oppression des personnes ne se conformant pas à l’idéal de minceur qu’elle prône : les personnes grosses. Ces dernières sont victimes de stigmatisations constantes, dans une société ouvertement grossophobe. La culture du régime propage le mythe que la minceur équivaut à la santé, les personnes minces étant considérées comme saines tandis que les personnes grosses sont labellisées comme étant en mauvaise santé, sans tenir compte d’autres facteurs impactant également la santé, parfois bien plus que leur poids. Si minceur signifie bonheur, alors « obésité »5 signifie malheur. En associant le bien-être au nombre sur la balance, la culture du régime, qui affirme ne vouloir que la santé des personnes grosses, contribue en réalité à leur nuire, notamment en augmentant leur haine de soi, et avec elle, les taux de dépression et de suicide6.

L’omniprésence de la culture du régime

La culture du régime est omniprésente : dans les magazines, les publicités, les discussions, et toute la société en général. Elle nous pousse à haïr notre corps et profite économiquement des insécurités qu’elle contribue à créer. De nombreux produits ou services se basent sur l’idéalisation de la maigreur et cherchent à dompter les corps, comme les livres de recettes minceurs, les thés « détox », les pilules coupe-faims, les crèmes amaigrissantes ou anti-cellulites, les fat camps particulièrement populaires aux États-Unis, et même les diverses chirurgies de l’« obésité », toutes plus dangereuses les unes que les autres. Tous ces produits tendent à dire que la minceur est la condition de l’estime de soi et du bonheur. Avec des publicités mettant en scène des femmes minces riant aux éclats en mangeant un yaourt 0%, l’association bonheur-minceur s’établit insidieusement.

Selon une étude d’Ipsos et Metabolic Profil réalisée en 2015 en France : 63% des Français.e.s déclarent faire attention à leur poids, 44% ont déjà suivi un régime pour perdre du poids et ceux et celles qui en ont déjà suivi un en ont fait quatre en moyenne7. Les femmes sont plus nombreuses à surveiller leur poids ou à être au régime, alors même que les hommes sont davantage « obèses » et en « surpoids ». Finalement, 31% envisagent de suivre un régime dans les prochains mois, même si un quart sait paradoxalement que celui-ci sera un échec. Il est intéressant de remarquer que les préoccupations sur le poids et les régimes concernent les personnes ayant un indice de masse corporelle (IMC) considéré comme élevé, mais aussi celles dont l’IMC est considéré comme normal, voire bas. 

La culture du régime rend dérangeants certains phénomènes tout à fait ordinaires et naturels, tels que la cellulite. La diabolisation de celle-ci permet de vendre des crèmes très chères censées la faire disparaître mais se révélant totalement inefficaces8. La cellulite n’est en réalité qu’une construction sociale produite par le patriarcat et la culture du régime. Il ne s’agit ni d’une maladie ni d’une condition, mais d’une création visant à faire vendre de fausses solutions onéreuses. L’histoire de la cellulite démontre son absurdité : la première publication du terme remonte à 1968, lorsque Vogue crée ce néologisme dans son magazine, qui est par la suite repris massivement par le marketing qui y voit une opportunité de faire de l’argent. Alors même qu’il s’agit d’une caractéristique physique tout à fait normale se produisant chez 80 à 90% des femmes9, la cellulite est considérée comme honteuse et inesthétique. Il ne s’agit pourtant en réalité que d’un bout de chair tout à fait naturel, qui a toujours existé et existera toujours.

De nombreuses sociétés profitent de la diet culture pour s’enrichir. Il s’agit donc d’une industrie capitaliste, qui, rien qu’aux États-Unis en 2018, rapportait 72 milliards de dollars10. L’organisation américaine à but non lucratif The Global Wellness Institute a quant à elle calculé que les profits de « l’économie du bien-être » (wellness economy) s’élèveraient à plus de 3 700 milliards de dollars à l’échelle mondiale, dont 648 milliards pour la nutrition et la perte de poids11. En effet, non seulement les produits proposés par la culture du régime sont souvent très onéreux, mais surtout, puisque le taux de réussite des régimes est presque nul à long terme, ses client.e.s, jamais satisfait.e.s, financent encore et encore cette industrie. En promouvant et vendant de fausses promesses et des produits qui ne fonctionnent pas, l’industrie du régime s’assure ainsi que les consommateur.rice.s ne puissent jamais échapper à ce cercle vicieux et continuent à payer pour le restant de leur vie. Pourtant, lorsque le produit échoue à produire les effets escomptés, ce n’est pas lui qui est remis en question mais le ou la consommateur.rice qu’on culpabilise. Comme l’affirme la diététicienne Christy Harrison : « C’est l’une des marques de fabrique de la culture du régime — nous blâmer pour ses échecs »12.

Quand on sait que le taux d’échec des régimes à long terme est de plus de 95%, il est effarant de constater que l’on continue à financer ces produits et industries alors que leur taux de réussite est inférieur à 5%. Comme le résume la coach anti-régime Kira Onysko : « Une entreprise de vélos qui vend des vélos dont les pneus sont percés pour que les gens reviennent en acheter un nouveau ne serait jamais autorisée à rester en activité, pourtant c’est exactement ce qui se passe avec l’industrie du régime »13). Si les régimes alimentaires fonctionnaient réellement, nous n’aurions pas à les enchaîner sans cesse : si nous le faisons, c’est parce qu’ils sont conçus pour échouer. La diet culture a ainsi réussi l’exploit d’inventer un problème, puis de lui inventer une solution qui ne fonctionne pas. Les résultats ont été l’enrichissement des compagnies, mais aussi une préoccupation et une insatisfaction constante à l’égard de notre poids, une stigmatisation des corps gros et une fâcheuse tendance à privilégier un nombre sur la balance ou une taille de vêtement à notre bien-être. 

En bref, les récits de l’industrie des régimes nous convainquent de consacrer tout notre temps, tout notre argent et toute notre énergie à tenter de correspondre à un idéal de beauté construit socialement. Ils font des régimes la clé de la beauté, du succès et du bonheur, et de la perte de poids un remède miracle contre nos insécurités et nos problèmes sur lesquels ils basent leur enrichissement pernicieux. Ces entreprises exploitent non seulement le désir de produire un corps dont les dimensions sont valorisées socialement, mais aussi le (faux) sentiment de développement personnel, de maîtrise, d’empouvoirement et d’expertise que peut offrir un régime. Le vrai problème est que tout cela est promu au nom d’une esthétique et non d’un véritable marqueur de santé. 

La non-pertinence de l’IMC

Cette association inepte entre poids et santé repose par exemple sur l’indice de masse corporelle (IMC), dont l’usage médical mais aussi parfois social est omniprésent. Pourtant, cet indice est inadéquat, stigmatisant, raciste, et son histoire, de sa création en 1832 à son changement soudain en 1998, illustre à quel point les notions de gros et de mince sont des constructions sociales. 

Inadéquat d’abord, car l’IMC se calcule en divisant le poids par la hauteur. Ce calcul simplificateur ne prend donc pas en compte la masse musculaire (alors même que les muscles pèsent plus lourd que la graisse), l’ossature, l’eau, le rythme cardiaque, la génétique, la morphologie, ou tout autre facteur réel de santé. L’IMC et même le poids en général ne sont pas des prédicteurs fiables de santé, contrairement aux habitudes de vie : l’activité physique, le fait de se nourrir et de dormir suffisamment, avoir un travail épanouissant, etc. sont bien plus fiables pour déterminer la santé (physique et mentale) que le poids, qui n’est qu’un nombre. De plus, l’IMC n’indique pas où se situe la graisse, qui peut représenter ou non un danger selon sa localisation. Il ne fait également aucune différence entre les sexes, alors même que les proportions entre la graisse, la musculature et l’ossature sont réparties de façon différente entre les hommes et les femmes. 

Une étude réalisée aux États-Unis a montré que sur 47% des personnes diagnostiquées « obèses » (et donc malades selon la définition de l’Organisation mondiale de la santé de l’« obésité »), seulement 4% étaient effectivement en mauvaise santé14. Aux États-Unis, l’IMC est pourtant fréquemment utilisé par les assurances santé, certain.e.s employé.e.s étant obligé.e.s de s’assurer ou de payer plus cher leur assurance car leur IMC les catégorise comme « obèses ». 

Dans son mémoire Hunger, Roxanne Gay rappelle que l’IMC est très arbitraire, comme en témoigne l’abaissement en 1998 du seuil de l’IMC pour les corps « normaux » de 27.8 à 25. Du jour au lendemain, le nombre d’Américain.e.s considéré.e.s « obèses » selon l’IMC a ainsi doublé, 29 millions d’Américain.e.s se réveillant « en mauvaise santé ». Cette situation absurde montre bien à quel point déterminer quels corps sont conformes (minces) et quels corps sont hors-normes (gros) est construit socialement. D’ailleurs, la raison invoquée par le National Institutes of Health pour justifier cette diminution soudaine fut tout sauf médicale : un chiffre rond comme 25 serait plus facile à mémoriser… 

C’est un mythe de croire qu’il existe un poids que devrait faire un.e individu.e pour être « en bonne    santé ». L’IMC a changé selon l’époque et même selon les pays sans raison médicale, reflétant ainsi davantage une mesure d’acceptabilité sociale que de santé. L’IMC constitue un outil pour normaliser la population : l’écart par rapport à la fourchette de poids considérée comme normale est alors faussement pathologisé et la conformité considérée comme une preuve de bonne conduite. Le poids n’est pas plus un indicateur de notre valeur qu’il l’est de notre santé. 

L’IMC n’a pas été créé par un.e professionnel.le de la santé, mais par le mathématicien belge Adolphe Quetelet en 1832. Son but était de calculer le « poids parfait de l’homme moyen », qui représentait selon lui un idéal social. Son étude s’est uniquement appuyée sur des hommes cisgenres et blancs (écossais et français). Elle s’est néanmoins imposée comme une prétendue norme médicale universelle, alors qu’elle s’applique particulièrement mal aux femmes et aux personnes racisées. L’indice créé par Quetelet sera au siècle suivant fréquemment utilisé pour justifier l’eugénisme ou encore le racisme scientifique. En fait, Adolphe Quetelet n’a jamais créé l’IMC pour mesurer la graisse corporelle ou la santé des individu.e.s, mais pour mesurer les populations, à des fins statistiques. L’IMC est pourtant largement utilisé par la communauté médicale, et même inclus dans la définition de l’« obésité » de l’Organisation mondiale de la santé (OMS) depuis 1985.

Notre dépendance excessive à l’IMC a donc un impact négatif sur notre santé physique et mentale, en pathologisant l’« obésité », en stigmatisant les personnes ne correspondant pas à des normes arbitraires et en nous poussant à essayer d’y répondre au lieu de faire confiance à notre corps pour déterminer nos besoins.

Des régimes inefficaces et même dangereux

Si en 2014, 29 millions de Britanniques étaient au régime, soit 55% de la population15, il est pourtant avéré que les régimes sont les premières causes de prise de poids, avec 95 à 98% de taux d’échec sur le long terme. En plus d’être contre-productifs, la plupart des régimes sont même dangereux. 

Régime signifie restrictions et déficit calorique, ce qui place le corps dans une situation de privation et de frustration, menant presque toujours à une reprise de poids sur le long terme, parfois plus importante que la perte de poids précédente. Ces fluctuations de poids, le fameux effet « yo-yo », sont dangereuses pour notre corps.

L’étude The Minnesota Starvation Experiment16 a étudié les effets physiques et psychologiques d’une restriction durable de l’alimentation en provoquant un état de faim prolongé chez des hommes en bonne santé. Pendant trois mois, ces derniers ont été nourris à 3600 kcal par jour, puis à 1800 kcal pendant trois autres mois, et enfin de nouveau à 3600 kcal les trois derniers mois. Priver leur corps de l’énergie nécessaire pour son fonctionnement ont fait subir aux sujets de lourds dommages physiques comme psychologiques. Les effets physiques observés ont été une perte d’environ 25% de leur masse corporelle (gras mais aussi muscles), un ralentissement significatif de leur métabolisme de base, une défaillance de certains organes, une faiblesse des dents et des cheveux, des étourdissements, une perte d’énergie et de force, de la rétention d’eau, une température corporelle plus basse, ou encore une baisse de la libido. Quant aux effets psychologiques, il s’est agi de déprime, de stress, d’anxiété, d’une perte d’intérêt pour les activités quotidiennes ou les loisirs, d’irritabilité, de difficultés à se concentrer, de rigidité, de la perte d’une vie sociale ou encore de pensées obsessives à propos de la nourriture et du corps.

Les sujets de l’expérience sont en effet devenus obnubilés par la nourriture, parfois jusqu’à en rêver. Ils ont développé des symptômes courants de troubles alimentaires. Une perte de poids peut en effet être le symptôme mais aussi parfois la cause d’un trouble alimentaire. La restriction alimentaire augmente également le risque de faire une crise hyperphagique. L’expérience a également souligné à quel point un cerveau affamé devient incapable de faire bon nombre de choses essentielles comme se concentrer, réguler ses émotions, maintenir un bon état d’esprit, etc.

Les périodes de restriction alimentaire peuvent représenter de véritables traumatismes pour le corps, qui se rappelle de ces périodes de « famine » et stockera donc davantage par peur d’être de nouveau privé. Les régimes nous poussent à ne plus écouter nos sensations, notre faim, et détruisent donc notre relation censée être intuitive avec la nourriture en rendant mécanique un système naturel. Avant d’avoir été perverti par la culture du régime et/ou des troubles alimentaires, notre corps sait en effet instinctivement de quoi il a besoin. Mais lors des régimes, n’obtenant plus ce qui lui est nécessaire, le corps réagit en mode famine et devient obsédé par la nourriture. Être au régime peut également couper des nutriments vitaux, et restreindre son apport calorique fait baisser son métabolisme, tout comme le niveau de sérotonine17, ce qui peut déclencher ou empirer une dépression, de l’anxiété ou d’autres problèmes de santé mentale.

Notre corps a besoin de calories rien que pour que nos organes fonctionnent. D’après la diététicienne anti-régime Emily Murray18, on estime que le corps a en moyenne besoin de : 485 calories par jour pour le foie, 340 calories par jour pour le cerveau, 125 pour le cœur, 185 pour les reins et 325 pour les muscles. Nos organes, dont les organes vitaux, et nos tissus, ont donc besoin de calories pour bien fonctionner. De plus, il faut noter que ces chiffres n’incluent pas les calories nécessaires aux autres organes ou tout simplement pour accomplir nos activités quotidiennes (travailler, conduire, cuisiner, se laver, etc.) ou sportives. Les calories sont souvent diabolisées alors qu’il s’agit d’unités d’énergie, une énergie nécessaire au fonctionnement de notre corps. Nous avons souvent besoin de bien plus de calories que ce que l’on croit. Il est ainsi aberrant et dangereux de promouvoir des régimes à 1200 calories, ce qui représente les besoins caloriques d’un.e enfant ! Peu importe notre poids, notre cerveau et notre corps ont besoin d’énergie provenant de la nourriture (les calories) ainsi que d’une quantité suffisante de macro-nutriments (glucides, lipides, protéines). 

Beaucoup de personnes enchaînent les régimes sans succès et développent en conséquence une relation malsaine avec la nourriture et avec leur corps, sur fond de grossophobie internalisée. Alors que manger devrait être une source de plaisir et de satisfaction, les régimes associent presque toujours nourriture et culpabilité. Bien que cela soit une source majeure de développement de troubles alimentaires, cela n’en est pas la cause unique, ces maladies étant complexes et multifactorielles. Être au régime est un comportement hautement normalisé dans notre société et tracer la ligne entre le pathologique et le socialement acceptable peut donc être complexe. Il n’est ainsi pas toujours facile de distinguer les régimes, encouragés et rétribués par la société, et les troubles du comportement alimentaire, reconnus socialement comme pathologiques et néfastes pour la santé. Une étude menée par l’Académie Américaine de Pédiatrie (American Academy of Pediatrics) en 201619 a démontré que les adolescent.e.s de 14 à 15 ans suivant un régime jugé « modéré » avaient quatre à cinq fois plus de risques de développer un trouble alimentaire, et celles et ceux qui faisaient un régime « restrictif » jusqu’à 18 fois plus de risque par rapport aux adolescent.e.s qui n’en faisaient pas.

Perdre du poids est en réalité extrêmement difficile, et ce n’est ni la clé du bonheur ni celle du succès, de la santé ou de la confiance en soi. Les régimes ne sont qu’une fausse réponse à un mal-être artificiel, créé et entretenu par la société. « Un régime est un remède qui ne fonctionne pas, pour une maladie qui n’existe pas »20), résument Sara Fishman et Judy Freespirit dans The Fat Underground. Loin d’être bonne pour la santé, la restriction alimentaire peut avoir des conséquences dramatiques sur la santé, non seulement physique mais surtout mentale. La culture du régime fait passer des comportements problématiques voire pathologiques avec la nourriture (pouvant relever de TCA) pour la norme. Cela soutient l’idée absurde qu’avoir une relation malsaine avec la nourriture et son corps est quelque chose de normal et même de bon. De plus, les régimes ont souvent des conséquences sociales handicapantes : s’inquiéter de ce que les autres pensent de notre alimentation, comparer ses portions ou son corps aux autres, annuler des événements sociaux à cause de la nourriture qui va être servie, ne pas partager les mêmes repas que sa famille ou ses ami.e.s, etc. 

Contrairement à ce que la grossophobie ambiante veut nous faire croire, plus d’enfants meurent chaque année d’anorexie infantile que d’« obésité » infantile21. On parle pourtant rarement des dangers de la restriction alimentaire, des TCA et des régimes alors que les soi-disant dangers de l’« obésité » sont sans cesse mis en avant. Contrairement à ce que suggèrent les messages de santé publique de l’OMS, « l’épidémie d’obésité infantile » n’est qu’un mythe : le poids moyen des enfants n’a pas augmenté en Amérique du Nord depuis 199022. La culture du régime ne veut absolument pas notre santé, mais s’en sert de prétexte pour justifier les diktats qu’elle impose. Sous couvert de « bonne santé », on met ainsi des enfants au régime, on ordonne à des patient.e.s de s’affamer, on provoque le déclenchement de troubles alimentaires et on promeut des régimes inefficaces et dangereux.

Aujourd’hui, on cherche d’ailleurs de plus en plus à nous faire croire que les régimes ne seraient pas des restrictions, que l’on pourrait être au régime et ne pas en souffrir, voire qu’il serait possible d’être au régime tout en mangeant ce que l’on veut. On nous vend ainsi une fausse liberté, alors même que              « régime » signifie privations et restrictions. Puisque de plus en plus de personnes admettent que les régimes ne fonctionnent pas, les conventions linguistiques se sont adaptées pour parler de « changement de mode de vie » ou de « programme alimentaire » afin d’éviter d’employer le mot « régime ». Comme le résume Roxanne Gay dans Hunger : « Nous sommes censés restreindre notre alimentation tout en vivant dans l’illusion que nous pourrions en jouir ». Au lieu de s’engager dans des régimes coûteux et inefficaces, pourquoi ne pas plutôt travailler sur son estime de soi et l’acceptation de son corps tel qu’il est ?

La diabolisation des corps gros

La culture du régime est au fondement de la grossophobie, un système d’oppression qui produit des discours de haine envers les personnes grosses et alimente une véritable peur de la grosseur. Celle-ci est construite comme quelque chose à éviter, quelque chose d’horrible, la pire chose pouvant nous arriver. La grossophobie désigne ainsi selon le Petit Robert l’« attitude de stigmatisation, de discrimination envers les personnes obèses ou en surpoids »23.

La grossophobie s’inscrit dans une société où le diktat de la minceur est omniprésent, la minceur étant considérée comme esthétique et la grosseur comme péjorative, inesthétique et même honteuse. Tout cela ne relève pourtant que d’une norme sociale qui, loin d’être immuable, change selon les époques et les cultures. Ainsi, si dans les sociétés contemporaines d’abondance, la grosseur est dévalorisée, ce n’est pas le cas au sein d’autres cultures qui la considèrent comme un signe de richesse, de pouvoir et de santé. À la Renaissance, les rondeurs étaient magnifiées et valorisées, et ce n’est qu’après la Seconde Guerre mondiale que l’injonction à la minceur voire à la maigreur s’est tant accrue en France et dans d’autres pays occidentaux24. La grosseur a ainsi été construite comme synonyme de faiblesse d’esprit, de paresse, voire d’immoralité. Le corps et ses normes sont donc les produits de normes à la fois biologiques et sociales. 

La grossophobie peut être intériorisée par les personnes grosses elles-mêmes, qui vont être poussées à culpabiliser, à se dénigrer et finalement à se détester. C’est donc un phénomène collectif mais aussi individuel. En outre, beaucoup de personnes minces méprisent et manquent ouvertement de respect aux personnes grosses par répulsion, par peur de leur ressembler. Iels condamnent ainsi moralement la grosseur, culpabilisant la personne en la jugeant responsable de son poids. Il semblerait que la grossophobie soit le seul système d’oppression qui s’appuie véritablement sur un aspect phobique, contrairement à l’homophobie ou à la transphobie par exemple qui sont inexacts étymologiquement car elles ne sont généralement pas motivées par la peur mais par la haine. Dans le cas de la grossophobie, il semble qu’une véritable peur de devenir gros entretienne la haine et la discrimination envers les personnes grosses. Ainsi, selon une étude citée dans le Ted Talk de Jes Baker de 201425, 81% des enfants de 10 ans ont plus peur de devenir gros.se.s que de la guerre nucléaire, du cancer, ou de perdre leurs deux parents.

Cette véritable phobie de la prise de poids et des personnes grosses a été particulièrement explicite pendant le confinement de mars dernier, où les blagues et memes26 grossophobes se sont multipliés. On a par exemple vu énormément de memes « avant-après » le confinement, la première image représentant une personne mince et la deuxième la même personne avec des kilos en plus. Ces blagues ont souvent été vécues très violemment par les personnes grosses, faisant de leur corps un objet de ridicule et perpétuant l’idée que notre valeur diminue lorsque l’on grossit, que grossir est un échec. Elles se sont ajoutées aux nombreux articles « comment garder la ligne pendant le confinement ? », « programme fitness à la maison pour ne pas se laisser aller » ou autres « comment ne pas grossir en restant chez soi ». Bref, ce fut comme si, en pleine pandémie mondiale, la pire chose pouvant nous arriver était de grossir. Ces discours culpabilisants n’ont pas été sans conséquences pour les personnes victimes de grossophobie, mais aussi celles atteintes de troubles alimentaires. France Assos Santé souligne ainsi que le confinement a pu perturber les habitudes alimentaires et donc exacerber certains comportements pathologiques de personnes atteintes de troubles alimentaires, comme les crises d’hyperphagie ou l’angoisse plus générale liée à l’alimentation27.

La grossophobie est l’un des rares systèmes d’oppression qui, dans les pays occidentaux, n’est pas condamné socialement (ni légalement) par la majorité de la population. Alors que le racisme ou l’homophobie sont majoritairement désapprouvés, la grossophobie est rarement condamnée en dehors de ses manifestations les plus explicites et violentes (harcèlement poussé par exemple). Cette acceptation sociale de la discrimination envers les personnes grosses pourrait être liée à la légitimation scientifique que l’on tente d’en faire (être gros.se serait mauvais pour la santé donc on pourrait se permettre de stigmatiser les personnes grosses « pour leur bien »).

En réalité, les injonctions de la culture du régime concernent le poids et non le bien-être. Mais la définition de la santé est construite comme analogue à celle du poids : perdre du poids signifierait ainsi nécessairement être en meilleure santé. Pour atteindre ce but de la perte du poids, nous employons pourtant des moyens dangereux et malsains. Les récits de personnes ayant perdu du poids sont beaucoup mis en avant, présentant la perte de poids comme une solution résolvant tous les problèmes et apportant le succès et la félicité. Cela perpétue l’idée que tout le monde devrait perdre du poids pour être en meilleure santé et améliorer sa vie. À l’inverse, on met très peu en avant des récits de personnes ayant pris du poids, alors même qu’une prise de poids peut revêtir une signification hautement bénéfique, comme pour guérir de TCA ou après une prise d’antidépresseurs. La perte de poids est automatiquement assimilée à un accomplissement tandis que la prise de poids est perçue comme résultant nécessairement de la paresse, d’un manque de volonté ou d’un « laisser-aller » ; des discours marqués par la culpabilité, la honte et le dégoût. Si les prises de poids sont majoritairement réprimandées socialement peu importe leur raison, les pertes de poids sont au contraire presque systématiquement félicitées. Féliciter une perte de poids, c’est pourtant parfois féliciter (et donc potentiellement renforcer) un trouble alimentaire. Des personnes en dépression ou avec un cancer ayant perdu 10 kilos se sont également parfois vues complimenter. Toutes les pertes de poids ne sont donc pas de bonnes choses, tout comme toutes les prises de poids ne sont pas nécessairement malplaisantes. De façon générale, une solution simple et efficace serait d’arrêter de commenter le poids des autres et d’accepter qu’une prise de poids n’est pas la fin du monde. Nos corps fluctuent tout au long de notre vie, s’adaptant et évoluant selon les circonstances (vieillesse, état de santé mentale, grossesse, niveau de stress, pandémie, etc.).

Croire que minceur équivaut à bonne santé, et « surpoids » à mauvaise santé est une fausse idée. De la même façon, il est erroné d’associer systématiquement grosseur et certaines maladies ou conditions comme la pression artérielle, le diabète ou les problèmes cardiaques, qui se manifestent en réalité chez tout type de corps. Beaucoup de personnes grosses sont en très bonne santé, actives et heureuses, tout comme beaucoup de personnes minces et maigres sont en très mauvaise santé physique et mentale. Cette association minceur-santé renforce également l’idée que les personnes minces, puisque déjà healthy, n’auraient pas ou auraient moins besoin de prendre soin de leur santé (alimentation, exercice, sommeil, stress, etc.). Les pressions pour se conformer aux idéaux de beauté sont couplées aux actions de l’industrie du régime et de l’alimentation, qui finance des recherches, fait pression sur les prestataires de soins médicaux et fait de la publicité pour vendre cette idée qu’une perte de poids améliorerait nécessairement la santé. On nous vend l’idée que nous sommes presque tou.te.s trop gros.se.s et que perdre du poids aura, à l’exception de quelques anorexiques, des conséquences positives sur notre santé. Perdre du poids résoudrait ainsi les problèmes de santé tandis qu’en prendre en créerait automatiquement.

Si en effet certaines personnes pourraient améliorer leur santé en perdant du poids, beaucoup d’autres cherchent à en perdre uniquement pour répondre aux standards grossophobes de notre société, et la promotion d’habitudes de vie saines offre des bénéfices bien plus élevés sur la santé que la perte de poids. Le « surpoids » favorise bien l’apparition de certaines maladies, mais il protège également d’autres maladies graves, pour lesquelles un excès de poids améliore le pronostic vital comparativement à un poids insuffisant ou « normal ». Plusieurs études28 démontrent ainsi qu’un excès de poids pourrait en réalité augmenter l’espérance de vie, notamment en servant de réserve d’énergie. Ce qui est dangereux pour la santé ne serait pas le poids en soi mais les conditions de vie (inactivité, alimentation déséquilibrée) qui lui sont faussement associées alors qu’elles peuvent toucher tout type de corps. Il est également important de souligner que le poids optimal n’est pas le même selon les individu.e.s : il est par exemple plus élevé chez les femmes, les personnes âgées et les populations noires que chez les hommes blancs adultes. Le problème, c’est donc avant tout la grossophobie et non le gras.

Il ne faut pas omettre que l’« obésité » est souvent la cause directe de la grossophobie elle-même, selon un cercle vicieux dont il est difficile de se départir : le discours de stigmatisation vécu par les personnes grosses les pousse d’abord à vouloir perdre du poids. N’y parvenant pas puisque 98% des régimes échouent, elles reprennent encore davantage de poids. Elles sont donc à nouveau victimes de pressions pour se remettre au régime et recommencent en espérant en vain obtenir un résultat différent. Ainsi, elles se retrouvent finalement à peser davantage qu’avant leur tout premier régime.

Le terme « gros » lui-même est très fréquemment utilisé comme une insulte alors qu’il s’agit d’un simple mot décrivant la réalité d’un corps. Beaucoup de personnes grosses rapportent que lorsqu’elles se décrivent comme telles, des interlocuteur.rice.s bien intentionné.e.s leur disent de ne pas dire cela d’elles, ou nient leur réalité en affirmant qu’elles ne sont pas grosses. Cela montre à quel point cet adjectif désigne pour elleux quelque chose d’insultant et de honteux. « Gros » n’est pourtant pas un gros mot ni une insulte, mais décrit une réalité. Empêcher les personnes grosses d’utiliser ce mot, c’est dénier leur réalité, dénier leur corps, et donc dénier la grossophobie qui en découle. Beaucoup de personnes grosses elles-mêmes voient encore le terme « gros » péjorativement, tandis que d’autres, dont des militant.e.s anti-grossophobie, se le sont réappropriées dans l’espoir de lui retirer sa connotation négative. Ces dernier.ère.s préfèrent également souvent éviter les termes médicaux comme « surpoids » ou « obésité » qui pathologisent et donc stigmatisent les corps gros en en faisant un problème à résoudre, une maladie à guérir, voire une épidémie à éradiquer. Ce discours, c’est celui de l’OMS, qui lie également poids et santé en considérant l’« obésité » comme la pandémie du 21ème siècle, problématisant et pathologisant ainsi les corps gros soi-disant « malades »29. Pourquoi alors ne pas faire état d’une épidémie de troubles alimentaires, deuxième cause de mortalité chez les 15-24 ans après les accidents de la route30 ?

Grossophobie médicale et violences institutionnelles

La grossophobie est omniprésente dans la société, si bien qu’on la trouve également dans le milieu médical, aux dépens des patient.e.s. La grossophobie médicale s’exprime de diverses manières, allant de la micro-agression à l’injonction de maigrir, jusqu’à des erreurs de diagnostic et une inégalité de traitement. « Il y a une méconnaissance et une incompréhension de l’obésité dans le milieu médical, qui engendrent des préjugés et des stéréotypes selon lesquels une personne obèse mange trop et/ou mal et ne fait pas d’activité physique. Or l’obésité est une pathologie très complexe, que l’on ne peut pas résumer à l’assiette »31, explique Docteur Gauthier, médecin nutritionniste et membre du collège scientifique de la Fondation Ramsay Générale de Santé. Dans le milieu médical, l’« obésité » est invariablement associée à un handicap, une situation de souffrance et/ou une maladie grave. Or, rien ne prouve qu’une personne grosse se situe automatiquement dans un de ces cas, notamment lorsqu’elle n’a aucune pathologie associée au « surpoids » (diabète, hypertension, etc). 

Dans une étude publiée en 2012 sur l’attitude des médecins généralistes en France, on a constaté qu’environ 57% des enquêté.e.s, tous et toutes médecins, considéraient l’« obésité » comme une maladie. Environ 30% estimaient même que les personnes grosses étaient plus fainéantes et complaisantes32 que les autres. L’association systématique entre « obésité »/« surpoids » et mauvaise santé n’est pourtant pas correcte médicalement parlant, elle est en réalité liée aux représentations sociales du corps jugeant les corps minces comme étant les seuls corps sains. Ce lien entre la forme du corps et la santé rejoint l’idée du médecin et philosophe Georges Canguilhem qui affirmait dans Le normal et le pathologique (1966) que le rôle de la médecine était la « normalisation physiologique ». Tout corps qui sort de la norme sociétale est alors considéré comme malade et inacceptable.

Il s’avère en effet que l’influence des croyances, des médias et de l’entourage jouent sur le personnel médical qui intériorise les préjugés dépeignant les personnes grosses comme paresseuses, négligentes, et les perçoit comme des symboles de mauvais choix et de manque de volonté. C’est pourquoi il est nécessaire que le poids commence à occuper une place centrale dans l’analyse des relations entre soignant.e.s et soigné.e.s, afin de comprendre les dynamiques discriminatoires qui se jouent et d’y remédier.

De nombreux témoignages de personnes grosses rapportent des commentaires stéréotypés et culpabilisants de la part de professionnel.le.s de santé, qui se focalisent généralement sur leur poids avant le reste. « Vous allez mourir à cinquante ans », « Vous n’aurez jamais d’enfants », « Il faut    maigrir »… Tout autant de commentaires blessants et injustifiés qui éloignent les personnes grosses de l’accès à la santé, de peur d’être ridiculisées et/ou maltraitées. Loin d’être le propre des médecins généralistes, on retrouve ces mêmes discriminations dans toutes les spécialités : gynécologues, endocrinologues, nutritionnistes, etc. Ces commentaires sont d’autant plus blessants que les professionnel.le.s de la santé sont détenteur.rice.s d’une forme importante d’autorité. La population leur fait confiance pour garder le secret médical et les traiter sans jugement. Avec ces commentaires grossophobes, la confiance est brisée et le rôle de soignant.e est dévoyé. 

Ainsi, lorsqu’un.e patient.e gros.se se plaint de fatigue, de mal de dos, ou encore de problèmes de digestion, les médecins parlent de suite de comorbidités liées à l’« obésité », et prescrivent généralement une perte de poids. À cause de cette tendance à analyser tous les symptômes à travers les kilos, de nombreuses personnes grosses quittent leurs rendez-vous médicaux avec des maladies non-diagnostiquées ou avec des prescriptions drastiques et inefficaces, sans lien avec le problème pour lequel elles étaient venues. Ce phénomène courant donne lieu à des situations insensées et blessantes. Ainsi, Daria, la co-fondatrice du collectif Gras Politique, explique être un jour allée chez le médecin pour une angine et s’être vue conseiller un by-pass, une opération chirurgicale extrêmement risquée de réduction de l’estomac33. La présidente d’Allegro Fortissimo, une association de soutien aux personnes grosses, rappelle quant à elle cette fois où elle devait faire une échographie pelvienne et où le radiologue lui a demandé de s’introduire la sonde elle-même parce qu’il ne voulait pas « s’immiscer dans les couches de graisse »34. Outre l’irrespect évident subi par les patient.e.s dans ces situations, il est intéressant de relever à quel point cela semble impensable pour les soignant.e.s que des personnes grosses puissent avoir des douleurs du quotidien qui ne soient pas liées à leur poids. 

Par ailleurs, c’est la manière même dont le poids est analysé qui pose problème, notamment à travers l’usage de l’IMC. Les parents sont souvent mis en cause, on questionne leur façon d’éduquer leurs enfants et/ou leurs choix alimentaires. À travers cette vision et ces pratiques, les médecins oblitèrent les causes multifactorielles (hormones, stress, métabolisme, niveau de vie, etc.) du « surpoids », et prescrivent systématiquement des directives alimentaires qui ne sont pourtant pas nécessairement appropriées. C’est ce que dénonce la journaliste Marie de Brauer dans son documentaire La grosse vie de Marie lorsqu’elle parle de son expérience chez son médecin : « les solutions prônées, avec plus ou moins de bienveillance, sont de se nourrir moins, faire du sport, manger cinq fruits et légumes par jour, etc »35.

Pour les femmes grosses, ces expériences sont par ailleurs souvent conjuguées à une forme de paternalisme médical. On leur explique qu’elles ne seront jamais fertiles, qu’aucune pilule ne convient à leurs poids, ou encore qu’elles doivent maigrir si elles désirent une vie sexuelle épanouie. Les conséquences de ces constantes injonctions et insultes sont graves : de nombreuses personnes n’osent plus venir en cabinet, de peur d’être ainsi traitées. Ce phénomène est avéré et démontré par de nombreuses statistiques, ainsi, dans l’article « Everything You Know About Obesity Is Wrong », le journaliste Michael Hobbes écrit : « Trois études distinctes ont montré que les femmes grosses sont plus susceptibles de mourir des cancers du sein et du col de l’utérus que les femmes non grosses, une conséquence en partie attribuée à leur réticence à consulter un ou une médecin et à se faire dépister »36.

Les personnes grosses sont donc fréquemment les victimes d’erreurs de diagnostics, de dosages insuffisants ou de refus de soin. Mais d’autres pratiques dangereuses leur sont également prescrites, telles que la chirurgie ou un séjour dans des cliniques de perte de poids.

Le recours à la chirurgie est en effet de plus en plus répandu de nos jours, jusqu’à ne plus du tout être perçu comme choquant. La chirurgie bariatrique par exemple, qui est la plus connue et la plus pratiquée, a pour objectif de modifier la quantité d’aliments absorbés. Différentes interventions peuvent être proposées : la gastroplastie (sleeve ou anneau : séparation de l’estomac en deux poches), le ballon gastrique (ralentissement de la digestion des aliments), ou encore le by-pass (arrivée des aliments directement dans l’intestin grêle sans passer par l’estomac). Toutes ces « solutions », qui entraînent une perte de poids drastique, sont certes efficaces à court terme en permettant effectivement de perdre du poids, mais elles sont également créatrices de nombreux effets indésirables, et sont limitées sur le long terme. Si l’anneau gastrique est réversible et ses complications moindres, la sleeve pose des complications à environ 5% des patient.e.s et peut entraîner une fistule gastrique et/ou des hémorragies37. Quant au bypass, le taux global de complications s’élève à 10% : fistules, abcès, hémorragies, occlusions par hernie, ulcères, et même complications neurologiques38. Ces opérations nécessitent donc une surveillance à vie, ainsi qu’un accompagnement psychologique et diététique. Pourtant, la chirurgie esthétique est de plus en plus banalisée comme solution miracle pour les personnes grosses, malgré le peu de recul sur ces pratiques et sur les dangers qui peuvent en résulter. On constate notamment de nombreux exemples de reprises de poids très importantes quelques années après la chirurgie, ce qui prouve que ces opérations ne sont pas une solution miracle. L’émission « Opération Renaissance », dans laquelle le public suit des personnes grosses dans leur perte de poids et leur cheminement vers « une meilleure vie » (la perte de poids en étant vue comme la condition sine qua non), a révolté les militant.e.s qui prônent l’acceptation des corps. Entre régimes sévères, sport à outrance et chirurgie « salvatrice », l’émission perpétue des clichés grossiers et dangereux sur fond de voyeurisme. Ce type de représentation est extrêmement critiquable puisqu’il contribue à banaliser les chirurgies invasives en oblitérant les risques qui y sont liés.

Quant aux cliniques de perte de poids, aussi appelées « centres pour obèses », elles aussi sont plutôt connues du grand public, sans que l’on ne sache réellement en quoi elles consistent. Ces cliniques sont généralement conseillées aux enfants et adolescents en « surpoids », dès l’âge de huit ans, même si des camps existent également pour les adultes, notamment aux États-Unis. Le but est de retirer le.a patient.e de son environnement et de le ou la « rééduquer ». Ces dernières se déclinent de diverses façons : colonies, croisières, séjours de sport intensif, etc. La qualité de ces centres varie fortement ; si certains combinent un aspect psychologique, une réflexion sur l’alimentation et un travail sur soi qui peuvent être bénéfiques, d’autres se concentrent uniquement sur la perte de poids et se révèlent donc inefficaces à long terme, voire dangereux tant pour la santé physique que mentale. La plupart des enfants n’y vont pas de leur plein gré, mais plutôt forcé.e.s par leurs parents et/ou médecin. Iels sont soumis.es à des règles strictes et humiliantes, et les séjours ressemblent fréquemment à une compétition entre qui perdra le plus de kilos.

Enfin, il existe des formes de maltraitance médicale omniprésentes et pourtant largement méconnues des personnes non concernées. Il s’agit notamment du matériel non adapté, que ce soit en cabinet ou en hôpital. Fauteuils à accoudoirs et fauteuils roulants trop étroits, brassards trop petits, balances ne supportant pas le poids… Tout autant d’instruments nécessaires à une bonne prise en charge médicale qui ne sont pas adaptés à une grande partie de la population. Certains hôpitaux ne disposent pas de machine IRM à la taille, et certain.e.s patient.e.s gros.se.s sont alors envoyé.e.s en clinique vétérinaire, où iels pourront être soigné.e.s, malgré l’humiliation qui en résulte.

De nombreux témoignages de personnel d’hôpital avouent placer les patient.e.s gros.se.s en situation de maltraitance, par manque de moyens, de temps, d’effectif. Un infirmier s’exprime ainsi dans une enquête réalisée par France tv : « Certains sont placés dans des lits à barreaux trop petits. Leur corps dépasse, le matelas se dégonfle, le lit s’effondre, on finit par les allonger sur une planche de bois. Lorsqu’on doit faire des piqûres, on n’a pas toujours d’aiguilles suffisamment longues, donc on pique mal »39. De même, la toilette des personnes grosses n’est pas toujours faite car elle demande généralement plus de temps, et certaines opérations résultent en des complications car les médecins ne sont pas formé.e.s à manipuler les organes sous un amas de cellules adipeuses. 

Durant les études de médecine, très peu de temps est consacré à l’éducation et à la formation sur « l’obésité », que ce soit sur les causes, sur la réalité vécue par les patient.e.s, ou sur la manière de les prendre en charge. C’est ce manque de connaissances, conjugué aux stéréotypes sociaux auxquels sont inévitablement sujet.te.s les médecins, qui cause la grossophobie médicale et ses conséquences désastreuses.

Des injonctions néolibérales

Si le capitalisme profite de l’industrie des régimes pour s’enrichir, la culture du régime et la grossophobie s’appuient également sur les valeurs néolibérales dominantes de notre société. Ainsi, le néolibéralisme insiste sur le pouvoir du/de la consommateur.rice, ce qui se traduit par l’idée qu’avoir un poids élevé serait un choix de l’individu.e. Le poids, tout comme la santé, sont considérés dans notre société néolibérale comme une responsabilité individuelle, et l’« obésité » est ainsi assimilée à un comportement, à un échec personnel. On culpabilise donc l’individu.e, en faisant croire qu’être gros.se résulte d’un abus de nourriture et d’un manque d’activité physique, et que l’on peut très facilement maigrir grâce à un régime et/ou un programme sportif. Sur cette fausse facilité à perdre du poids, on justifie aussi les moqueries, les préjugés, les discriminations à l’emploi, l’isolement social ou encore les violences médicales des personnes grosses, sous prétexte qu’elles l’auraient « bien cherché ».

Diverses études montrent qu’être gros.se, loin d’être un choix, est surtout le résultat de facteurs génétiques et socio-économiques40. Nous n’avons qu’une illusion de contrôle sur notre corps, entretenu par la culture du régime. Pourtant, le contrôle de son poids est perçu comme une question de maîtrise de soi dans notre société néolibérale valorisant la performance, l’indépendance, le dépassement de soi, la volonté ou encore la discipline. Les corps gros sont ainsi exclus car ils sont indisciplinés par rapport aux normes sociales, mais aussi car ils ne sont pas utiles pour la société économique capitaliste qui valorise la production. Alors que la société néolibérale nous pousse habituellement à consommer à outrance, elle envoie l’injonction contradictoire qu’il faudrait se discipliner concernant la nourriture. « Tu dois consommer beaucoup, mais cette consommation ne doit jamais faire grossir ton corps »41 résume la chercheuse Shawna Felkins42

Nous continuons à assimiler la perte de poids à un simple effort à fournir, ce qui permet de donner une valeur morale à la nourriture et aux corps, tous deux étiquetés comme bons ou mauvais. On lie nourriture « saine » et corps conforme aux normes avec le fait d’être une bonne personne, et inversement. Des jugements moraux sont attribués à notre gestion de notre désir alimentaire et de notre poids. Les corps disciplinés et les personnes qui les habitent sont ainsi considérées comme moralement supérieures à celles qui possèdent des corps hors normes. La minceur est récompensée, vue comme un accomplissement personnel et un signe d’autodiscipline et de détermination, tandis que la grosseur signifierait fainéantise et maladie.

Nous admettons souvent que certaines personnes minces peuvent manger ce qu’elles veulent et toujours rester minces, et donc que leur poids ne serait pas un choix mais découlerait de caractéristiques biologiques. Pourquoi est-ce que cette idée qu’il y aurait des personnes naturellement minces n’est pas entendable à l’inverse ? Pourquoi ne pas reconnaître qu’il existe également des femmes naturellement grosses, qui ne peuvent pas perdre de poids peu importe ce qu’elles font et mangent ? De la même façon, tout comme nous acceptons qu’il y ait des personnes petites et d’autres grandes, pourquoi ne pas accepter que certaines soient minces et d’autres grosses comme faisant partie de la diversité corporelle, c’est-à-dire relevant de la génétique et des déterminants sociaux et non d’un choix ? Nos corps sont tous différents, et il n’y a rien de mal à cela. Même si nous mangions tou.te.s de la même manière et suivions tou.te.s le même programme sportif, nos corps seraient toujours hétérogènes.

Lorsque l’on vit dans un corps marginalisé, il est facile de penser que les discriminations que l’on vit sont de notre faute, et qu’il faudrait changer son corps pour entrer dans la norme et résoudre le problème. C’est exactement ce qu’entretient la culture du régime et la société néolibérale : être gros.se serait une responsabilité personnelle, ce serait donc aux personnes de s’adapter et non à la société de changer pour les inclure. La culture du régime produit ainsi des outils (régimes, médicaments, chirurgies, activité physique) pour pousser les individu.e.s à s’auto-punir et à s’auto-discipliner afin de se conformer aux normes sociales et médicales.

Même si un lien était avéré entre grosseur et mauvaise santé, en quoi les personnes en mauvaise santé ne mériteraient-elles pas le respect ou vaudraient-elles moins que les autres ? Cette malveillance envers les corps hors normes (malades, gros ou handicapés par exemple) prend ses racines dans le capitalisme, qui renforce l’idée validiste que la valeur des personnes réside en leur capacité à travailler, à produire, à contribuer économiquement à la société. Les corps non conformes sont ainsi catalogués comme non utiles, et les personnes grosses, malades et handicapées comme ne méritant pas le respect et la dignité humaine. Puisque le corps des individu.e.s est l’outil du capitalisme, être valide et en santé, c’est-à-dire avoir un corps capable de produire, est vital au maintien du système capitaliste.

La grossophobie est donc nécessairement présente dans le monde du travail, loin d’être épargné par les préjugés liés à la santé et à l’apparence physique. Certain.e.s employeur.se.s peuvent ainsi refuser d’embaucher une personne grosse, vue comme moins à même de « séduire » la clientèle. En 2001, la loi relative à la lutte contre les discriminations43 a ajouté l’apparence physique à la liste des discriminations interdites. Pourtant, force est de constater que le poids est toujours un critère lors du recrutement, notamment dans les professions d’accueil ou de vente. Selon l’Organisation internationale du travail (OIT) et le Défenseur des droits, « les femmes « obèses » sont huit fois, et les hommes « obèses » trois fois, plus discriminé.e.s à l’embauche. L’apparence physique est le deuxième critère, après l’âge et avant l’origine, le sexe, le handicap, sur la perception des discriminations dans le monde professionnel. L’apparence peut également avoir un impact sur l’évolution de la carrière ou sur le salaire »44.

Enfin, les infrastructures dans notre société néolibérale se révèlent elles aussi particulièrement inadaptées aux personnes grosses : transports, parcs de loisirs, salles de cinéma, etc. Celles et ceux qui ont le malheur de prendre plus de place que la norme établie arbitrairement sont handicapé.e.s au quotidien. Iels peuvent régulièrement se retrouver dans une situation où leur corps les restreint ou les empêche d’accomplir quelque chose, faute d’infrastructures ou d’équipements adaptés.

Un phénomène sexiste

Le diktat de la minceur s’inscrit dans les nombreuses normes absurdes et irréalistes imposées aux femmes pour que leur corps soit considéré comme désirable, parmi d’autres diktats comme ceux de l’épilation, de la jeunesse ou du maquillage. Si la grossophobie et la culture du régime peuvent aussi toucher les hommes, elles impactent d’une façon particulière les femmes, que l’on stigmatise d’autant plus si elles sont grosses, qui sont plus touchées par les troubles alimentaires et qui sont d’une manière générale plus préoccupées par leur poids. La grossophobie est donc un enjeu féministe.

On apprend constamment de manière implicite aux femmes qu’être féminine, ce serait ne pas prendre de place, et surtout pas plus qu’un homme. Il faudrait se réduire toujours plus, presque au point de disparaître. Être grosse, c’est donc enfreindre cette règle informelle, c’est déranger les normes de beauté patriarcales. Les femmes doivent être menues, jamais plus grandes ou grosses qu’un homme, sous peine de mettre en danger leur virilité. En plus de rester filiformes, les femmes devraient, dans la même idée, rester éternellement jeunes et ne pas avoir de poils. Ces diktats de beauté semblent finalement prendre pour modèle un corps d’enfant, imberbe, à la peau lisse et sans forme. De la même façon, on incite les femmes à ne pas s’aimer et à ne pas décider pour elles-mêmes. Aimer son corps ou se valoriser semblent être des marques de vantardise, peu féminines alors qu’acceptées pour les hommes. Il faudrait à la place que les femmes restent toujours modestes et humbles, s’excusent presque d’exister ; il faudrait se laisser sexualiser par les hommes mais ne jamais soi-même se sexualiser ou se mettre en avant. Dans ce contexte, s’aimer et le revendiquer est donc un acte politique et de résistance radical. Si les femmes se trouvaient belles ou même comprenaient que leur valeur réside ailleurs que dans leur apparence, bon nombre d’industries se retrouveraient ruinées (cosmétique, chirurgie esthétique, régime, etc.), ayant besoin que l’on déteste notre corps pour vendre leurs produits.

À cette injonction faite aux femmes à ne pas prendre de place dans l’espace public et à cette association fallacieuse minceur-féminité, s’ajoute la construction de certaines nourritures comme féminines (l’exemple le plus parlant étant la salade) et d’autres comme masculines (des nourritures plus grasses, notamment la viande et la junk food). Cette manière de genrer la nourriture se fait donc évidemment selon la binarité stéréotypée femme délictate/homme puissant et viril. Par conséquent, les femmes sont davantage que les hommes rappelées à l’ordre si leurs portions alimentaires sont jugées trop importantes ou si elles ne se plient pas à la discipline des corps. Ainsi, la culture du régime prédispose parfaitement les femmes aux troubles alimentaires, dont elles sont touchées dans 90% des cas. Alors qu’il est attendu des hommes qu’ils se musclent et soient forts, on attend des femmes que leur corps soit mince et ferme, c’est-à-dire qu’elles soient sportives mais sans jamais se muscler « comme un homme ». C’est ici une frontière qu’il ne faut pas transgresser : faire du sport oui, mais attention à ne pas ressembler à un homme, ce qui ne serait pas féminin.

La minceur serait également, selon le discours patriarcal, ce qui nous rend désirable, c’est-à-dire belle aux yeux des hommes. Être grosse est le contraire d’attrayante pour la société. Il faudrait comprendre que le devoir des femmes est de constamment faire en sorte que leur corps plaise aux hommes. Vouloir maigrir est considéré comme la norme jusqu’à devenir un trait par défaut des femmes, alors que s’aimer et s’accepter paraît être une idée saugrenue. Dans une logique foucaldienne45, le fait que les femmes soient constamment au régime, véritable pratique disciplinaire, crée des corps dociles, soumis, sert la logique patriarcale, et même détourne leur attention et leur énergie d’autres problèmes comme celui de se battre pour leurs droits.

Un combat pour se vêtir

Selon une étude de l’OMS, 39% de la population mondiale âgée de plus de 18 ans était en « surpoids » en 2016. Ce pourcentage correspond à plus de 1,9 milliard de personnes, parmi lesquelles 650 millions (13%) étaient « obèses ».

Malgré des chiffres en constante augmentation, le nombre de personnes considérées comme « obèses » ayant été multiplié par trois en moins de 50 ans, l’industrie de la mode ne semble pas pressée de s’adapter aux nouveaux besoins de la population mondiale. L’« obésité », et le « surpoids » en général, semblent encore être vus comme des états transitoires du corps, chez des personnes dont le seul objectif serait de maigrir. Quel serait alors l’intérêt d’élargir le catalogue des tailles puisque les personnes grosses n’ont qu’à perdre du poids pour trouver des vêtements à leur taille ?

Certaines marques font même de la grossophobie une ligne de conduite. L’enseigne de prêt-à-porter Abercrombie & Fitch en est un bon exemple, puisqu’elle a été critiquée en mai 2013 pour avoir retiré les tailles XL et XXL (42 à 44) féminines de ses rayons. Le PDG de la marque, Mike Jeffries, a par la suite déclaré dans une interview que sa marque s’adressait « aux jeunes branchés qui ont plein d’amis. Plein de gens ne rentrent pas dans ce cadre et ne pourront pas y rentrer. Est-ce de l’exclusion ? Complètement »46. Cette grossophobie pour le moins assumée a finalement abouti à la démission de M. Jeffries en décembre 2014, et on peut aujourd’hui trouver des articles jusqu’au 46 sur le site internet de la marque.

Le combat n’est cependant pas encore gagné. Bien que les chiffres varient légèrement selon les études, la taille la plus observée chez les Françaises est le 40, suivie de près par le 42. Plus de 40% des femmes portent ainsi une taille 44 ou plus en France47, ce qui représente près de 14 millions de personnes, sans compter les hommes. Malgré ces statistiques, encore trop peu d’enseignes proposent des tailles au-dessus du 42, et rares sont celles qui vont au-delà du 46. 

Dans la fast fashion, Kiabi est sûrement la marque la plus prisée en termes de grandes tailles, puisque l’on peut y trouver des vêtements jusqu’au 60. Elle a également le mérite de compter 450 magasins dans le monde, dont plus de 350 en France, ce qui la rend accessible à un public large. D’autres grandes enseignes comme H&M proposent aussi des collections grandes tailles, bien que plus réduites. En faisant une recherche par taille sur le site de la marque, on remarque que les choix sont limités. À partir du 52, on trouve une trentaine d’articles par taille, principalement des pantalons. Pour la taille 62, on n’y trouve plus qu’une dizaine d’articles, uniquement des jeans. Cette collection grande taille est par ailleurs limitée aux femmes, puisque les articles disponibles au-delà du 44 chez les hommes sont au nombre de deux par taille, jusqu’au 58.

La plupart des marques qui osent l’inclusion sont cependant disponibles, la plupart du temps, uniquement en ligne, limitant encore le choix des personnes grosses dans leur manière de s’habiller. Asos, une marque de prêt à porter exclusivement en ligne, a ainsi lancé sa collection plus size en 2010 avec des tailles allant jusqu’au 58. L’enseigne Forever 21, dont les derniers magasins en France ont fermé en 2019 mais qui reste disponible en ligne, va jusqu’au 56, tout comme Zalando. Si ces initiatives sont parfaitement louables et permettent à de nombreuses personnes grosses de développer leur confiance en elles, il reste cependant regrettable que la plupart des enseignes maintiennent une politique grossophobe.

On retrouve le même phénomène dans la mode de luxe. Dans la section pour femme de Dior, le catalogue des tailles ne s’étend souvent que du XS au L. Même si les tailles 44 et 46 semblent exister sur le site pour certains articles, elles sont en réalité indisponibles, à la fois en ligne et en boutique. Le constat est le même pour la plupart des marques de luxe les plus connues comme Louis Vuitton, Gucci, Hermès, etc. Si certaines marques comme Dolce&Gabbana, qui a étendu la taille de certains de ses vêtements au 50, commencent à se rendre compte que tout le monde ne fait pas du 36, l’inclusivité dans le luxe reste minoritaire.

Ces dernières années, les consciences tendent à s’éveiller sur les réalités de l’industrie de la mode. De plus en plus de personnes se tournent vers une consommation plus éthique comme la seconde main et de nombreuses marques éco-responsables commencent à émerger. S’il est bien entendu libre à chacun.e de décider de sa contribution ou non à la fast fashion, un nouvel obstacle se présente aux personnes grosses. Les vêtements grandes tailles sont en effet encore plus rares dans la mode éthique. Dans un article de The Telegraph, la journaliste Rose Stokes note ainsi que les marques éco-responsables s’arrêtent généralement au 44. Elle s’étonne d’ailleurs que « l’exclusion vienne d’une marque qui a « une mission »48. La grossophobie dans le milieu de la mode éco-responsable semble donc assez contradictoire avec la promotion de valeurs éthiques. De nombreuses mannequins et influenceuses plus size font d’ailleurs état de cette injonction. En tant qu’activistes, leur public attend souvent d’elles une sensibilité accrue aux questions éthiques, et certain.e.s s’insurgent même de leurs collaborations avec des marques de fast fashion. Une fois de plus, la faute reviendrait aux personnes grosses qui ne sont pas capables de consommer de manière éthique alors que ce sont les marques elles-mêmes qui pratiquent une politique d’exclusion envers près de la moitié de la population, ne leur offrant que très peu de choix en la matière.

Les vêtements de marques éthiques, indépendantes pour la plupart, ont par ailleurs tendance à avoir un coût beaucoup plus élevé, lié aux modes de production durables, qui représente un véritable investissement. Par exemple, l’influenceuse française Louise Aubery, MyBetterSelf sur Instagram, a lancé fin 2020 sa marque de lingerie éthique. Si les culottes vont en effet jusqu’à la taille 54, elles coûtent 24€ l’unité, un prix évidemment justifié par l’engagement éco-responsable et éthique de la marque, relativement correct en comparaison avec des produits aux mêmes promesses, mais qui reste élevé pour beaucoup.

Les personnes grosses n’ont plus alors qu’une solution pour consommer de manière éthique, les sites de revente entre particuliers en ligne comme Depop, Vestiaire Collective, ou encore Vinted. L’autrice et influenceuse Stephanie Yeboah l’a dit, « on ne progressera pas dans le domaine de la mode durable si certaines couches de la population ne disposent pas des outils nécessaires pour évoluer »49.

Conclusion

Ainsi, la culture du régime et la grossophobie sont partout dans notre société, nos habitudes alimentaires et vestimentaires jusqu’à nos préjugés associant la grosseur à la fainéantise, la maladie ou encore la laideur. La grossophobie reste une discrimination très peu remise en question et très peu reconnue comme telle tant elle est enracinée dans nos manières de penser et d’agir, conscientes ou inconscientes. Si les régimes sont de plus en plus reconnus comme inefficaces et dangereux, par des études scientifiques et des nutritionnistes notamment, leur promotion reste omniprésente dans l’environnement social comme médical. Cela est renforcé par nos sociétés néolibérales et validistes qui exigent de la part des corps toujours plus de productivité et de conformité.

Si les personnes grosses sont encore indubitablement stigmatisées et désavantagées dans nos sociétés, de plus en plus de résistance émerge pour renverser la tendance. Les mouvements « health at every size »,   « body positive » ou encore « body acceptance » bénéficient désormais d’une plus grande visibilité, notamment grâce aux réseaux sociaux et au travail de nombreux.ses militant.e.s. Les activistes engagé.e.s contre la grossophobie luttent pour faire cesser les violences institutionnelles, les discriminations et les préjugés, et pour enfin dissocier grosseur de mauvaise santé et laideur. Iels mettent également en évidence les conséquences dramatiques de la grossophobie sur la santé mentale des personnes concernées.

Enfin, il ne faut pas oublier que la grossophobie n’impacte pas tout le monde de la même manière, touchant particulièrement les femmes. Lutter contre la grossophobie implique donc nécessairement de lutter contre le sexisme et le patriarcat qui imposent aux femmes des diktats irréalistes et nocifs pour discipliner leur corps, leur sommant d’occuper le moins de place possible.

Recommandations

Afin d’inciter individu.e.s et acteur.rice.s sociaux à lutter contre la grossophobie, nous formulons ici quelques recommandations.

Tout d’abord, il en va de la responsabilité de chacun.e de s’informer sur la grossophobie et d’écouter les personnes concernées afin de déconstruire les préjugés. Beaucoup de nos paroles, souvent inconscientes, contribuent à stigmatiser les personnes grosses et à propager la diet culture. Chacun.e devrait donc faire l’effort de ne pas rire aux blagues grossophobes, d’arrêter de féliciter systématiquement les pertes de poids, ou encore de ne pas juger ou commenter l’alimentation ou le corps des personnes autour de nous. Il s’agit plus généralement de ne pas faire culpabiliser les personnes grosses en raison de leur poids, en insinuant par exemple que perdre du poids serait facile ou que mincir relèverait uniquement de l’alimentation ou de la pratique sportive. Il faut également déstigmatiser le terme « gros » et ne pas craindre de l’utiliser puisqu’il ne fait que décrire la réalité d’un corps, contrairement aux termes                 « obèse » ou « surpoids » qui ont tendance à pathologiser et stigmatiser les corps gros. En outre, il est nécessaire de ne pas estimer la gravité des troubles du comportement alimentaire en fonction du poids, puisque ces maladies sont avant tout mentales.

Seulement, les individu.e.s ne sont pas les seul.e.s fautif.ve.s concernant les discriminations grossophobes. Le corps médical joue un rôle crucial dans le traitement des personnes grosses, et doit donc être formé sur la grossophobie afin de permettre une prise en charge non discriminante de tou.te.s les patient.e.s. L’utilisation de l’IMC doit être remise en cause en raison de son histoire raciste, stigmatisante et de son manque de pertinence médicale. Les médecins doivent également arrêter d’envisager les problèmes de santé des personnes grosses uniquement sous le prisme du poids. 

Il est également du devoir des entreprises et des États de changer les normes arbitraires et inadaptées qui prévalent lors de la construction d’infrastructures. Les cinémas, avions, hôpitaux, etc., doivent pouvoir s’adapter à tout type de corps. Pour cela, un certain nombre de sièges ou de lits plus larges peuvent être requis.

Enfin, la question de la représentation est cruciale pour faire évoluer les mentalités. Il est dès lors nécessaire que les plateformes médiatiques et cinématographiques mettent en avant des personnes grosses, et plus généralement d’autres types de corps, et cela de manière banalisée, c’est-à-dire sans que leur histoire ne tourne nécessairement autour de leur apparence.

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Nous remercions Megan Blanche, Anna Kuhn, Marie Chapot, Romane Piechota et Elvire Alexandrowicz pour leur relecture.

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2 L’hyperphagie boulimique est un trouble alimentaire caractérisé par des épisodes de boulimie (surconsommation alimentaire incontrôlable) sans comportements compensatoires (vomissements, laxatifs, sport…) pour éliminer la nourriture ingérée. Les personnes qui en souffrent ne sont pas toujours en « surpoids ».
3 L’anorexie mentale est un trouble alimentaire complexe qui peut notamment se caractériser par des restrictions alimentaires, une perception erronée de son corps (dysmorphophobie), une perte de poids, une absence de règles (aménorrhée), un isolement social, une fatigue physique et intellectuelle ou encore des idées suicidaires. Les personnes qui en sont atteintes ne sont pas toujours en sous poids, l’anorexie pouvant toucher tout type de corps.
4 PAPADOPOULOS, F.C. EKNOM, A. BRANDT, L. and EKSELIUS, L. (2009). Excess mortality, causes of death and prognostic factors in anorexia nervosa. British Journal of Psychiatry, 194(01), pp.10–17.
5 Les termes médicaux « obésité » et « surpoids » sont utilisés dans cet article entre guillemets. Comme beaucoup de militant.e.s anti-grossophobie, nous ne supportons en effet pas leur usage, qui stigmatise les corps gros en les pathologisant et en les problématisant.
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28 Voir par exemples : FLEGAL, KM. KIT, BK. ORPANA, H. GRAUBARD, BI. Association of all-Cause mortality with overweight and obesity using standard Body Mass Index categories, JAMA, 2013, vol. 309, no.1: 71-82. ou encore HAINER, V. ALDHOON-HAINEROVA, I. Obesity paradox does exist, Diabetes Care, 2013, vol. 36: S276-S281.
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